GRANDES CHALEURS

Publié le par christiane loubier

Certains jours de l’été

Le temps chaud

Nous fait rougir

De l’ardeur des âmes

 

Certains jours de l’été

Le temps humide

Nous fait pleurer

Dans le vert infâme

 

Ne pas savoir

Par quel éclair

Nous sommes tenus de vivre

 

Par quelle foudre

Pour quelle fleur

 

 

 

Christiane Loubier

J'ENTREPRENDRAI D'ANIMER SEUL...

Publié le par christiane loubier

J'entreprendrai d'animer seul le paysage

Où vécut notre amour pour la dernière fois :

J'évoquerai le lac, le chalet et les bois

Dont rêvait pour sa fin notre vieillesse sage.

 


Ton sommeil y trouvait de nouveau le visage

Tout de sérénité qu'il avait autrefois,

Quand, après la première extase et ses émois,

Le songe en prolongeait l'espoir et le présage.

 


Ce n'était plus nos fils de chair que tu voyais,

Mais ceux de nos enfants avec leur rire frais.

Et tu disais : « Que telle et tel vont donc se plaire! »

 


Tu faisais de ta vie un feu perpétuel :

L'aïeule conservant son tendre cœur de mère

Et l'épouse les dons de la lune de miel.

 


 

Alfred Desrochers
Élégies pour l'épouse en-allée, 1967

LE DÉCOMPTE

Publié le par christiane loubier

Douze feuilles de calendrier

Beaucoup de jours et de nuits

Et de chiffres alignés

 

Autant de peines

Et d’amours anciennes

Maintenant rangées

Dans leur douzaine

 

Être n’est pas chiffrer

Aimer n’est pas compter

Une addition ne fait pas une vie

 

 

 

Christiane Loubier

LE TROIS JUILLET

Publié le par christiane loubier

Et vous m'avez quittée

Comme on quitte un pays

Qu'on croit trop petit

 

Moi je suis restée debout

Où je suis née

Et j'ai pleuré jusqu'au mois d'août

 

Comme un pays qu'on a quitté

 

 

 

Christiane Loubier

LA CROIX DU CHEMIN

Publié le par christiane loubier

Il existe des pays

Plus tristes que d’autres

Où le gel casse les heures

Où le temps s’allonge

Entre les rues et les jours

 

À la croisée du chemin

On a repeint le Christ en croix

Ses cheveux couronnés

Sont roux sous les pluies acides

 

Le rosier rugosa

L’encage à chaque printemps

Les narcisses des poètes

Disparus des catalogues

Parfument ses pieds

 

Il existe des pays

Plus tristes que d’autres

Collier d’épines sans couronne

 

 

 

Christiane Loubier

LES PIVOINES

Publié le par christiane loubier

 

Tout juste le temps d'être de petites balles, de

petits globes lisses et denses, quelques jours;

puis, cédant à une poussée intérieure, de s'ouvrir,

de se déchiffonner, comme tant d'aubes autour

d'un poudroiement doré de soleil.


Comme autant de robes, si l'on veut. Si vous y

incite l'insistante rêverie.

 

 

Opulentes et légères, ainsi que certains nuages.

 

 

Une explosion relativement lente

et parfaitement silencieuse.

 

 

La grâce dérobée des fleurs.

 

 



saisons 0419-copie-1 

Philippe Jaccottet
Cahier de verdure, Les pivoines


POUR QU'IL PLEUVE

Publié le par christiane loubier

Cette absence

Cette tombe

Trop lourdes

Pour mes genoux

Privés d’éternité

 

Le loup de la légende

Ces belles histoires

Encore sur tes lèvres

Ton nom aussi

 

Le nid de l’oriole

L’air de la viole

Et le violet lilas

Pour que le souvenir

Ne mente pas

 

Une bordée d’oiseaux blancs

Un très long chant

Pour qu’il pleuve

Sur ce dernier chagrin

 

 

 

Christiane Loubier

LE CRI ROND DU MERLE

Publié le par christiane loubier

Le cri rond du merle

roule vers l'avenir.

 

 

 

Jean Mambrino
Le mot de passe

oiseaux 0402-copie-1
  La becquée au nid, Beauport (Québec)

SOIRS DU VAUCLUSE...

Publié le par christiane loubier

Soirs du Vaucluse, funèbre Provence. Les roseaux bordent

des champs de cendres où errent nos propres ombres, privées

du lait des jours. Une fois encore, la cigale chante. Une dernière

brise murmure dans les herbes. La fierté rend ses armes et

apprend à mourir. Le soir est mélodieux.

 

 

 

Albert Camus
La postérité du soleil 

 

Camus p 38 arbre 
          

           Photographie qui accompagne le poème : Henriette Grindat

 

LE BONHEUR DES ÉPAVES

Publié le par christiane loubier

La peur mouillée a éteint la bougie

Nos deux corps à pic ont coulé

 

Deux épaves de cire

Ondoyant à flot sur le désir

 

Dédaignant le brasier

Qui consume trop tôt l'horizon

 

 

 

Christiane Loubier