J'AVANCE SANS FILET

Publié le par christiane loubier

img1 L Koltz

J’avance sans filet

d’une étoile à l’autre

glissant à travers les trous noirs

je saute de lunes en soleils


Je me balance aux bords

de la terre

déjà je ne lui appartiens plus


Parce que ce poème est un mensonge

il a le droit d’être beau

 

 

 Anise Koltz

Le porteur d’ombre (extrait)

LE CHANT DE LA SIRÈNE

Publié le par christiane loubier

Épaves amoureuses

Quel marin de légende

Abandonnez-vous à mon chant

Dans le miroir des flots


La rumeur de la houle

Déferle son hymne d’écumes

Et d’étoiles englouties


L’amour mène à la mer

L’amour mène à la mort


C’est là que je demeure

Dans la nuit océane

 

 

Christiane Loubier

Poème publié dans Bordures du champ secret

DEMAIN LA VEILLE

Publié le par christiane loubier

Voici un soleil

Qui se couche sur l’ennui

Voici une maison qui dort

Les portes ouvertes sur la nuit


Voici un œuf de merle bleu

Deux tourterelles dans l’eau du ciel

Des nuages de beau temps

Un rayon matinal sur ta vitre

Voici demain par les persiennes


Voici une charrue qui ouvre la terre

Des ombres volées en éclats

Des mots qui se penchent vers le soleil


Voici demain la veille

 

 

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret

LES OMBRES ENFILÉES

Publié le par christiane loubier

Ni le couteau qui brille

Ni le silence qui brûle

Aucun espoir inventé

Aucune main

Pour briser le collier

Des ombres enfilées

 

Un jour

On invente la roue

Le vent doux

Et dans les mêmes bras

L’oiseau est transparent d’éternité


 

Christiane Loubier

UN CIEL SANS ADRESSE

Publié le par christiane loubier

Partir pour l’envol

Je ne suis plus ici


C’est pour les autres

Le chiendent

Le vent cru

Les maisons froides

Les meubles qui ne meublent rien

Les adresses sans soleil


J’ai quitté mes fleurs

J’ai quitté le fleuve

Je ne suis pas dehors

J’ai fait ma géographie

Dans un creux de nuit


Partir pour le retour

L’échouage au port

Partir pour savoir

Qu’il n’y a pas de nouveaux continents

Que le ciel n’a pas d’adresse


Seuls importent les voyages des oiseaux


 

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret

PATIENCE CRÉPUE

Publié le par christiane loubier

Sur une montagne

Tant de fois les arbres

Tant de fois les oiseaux

Une solitude de fleur alpine

Comme celle des anciens

Qui parlaient avec les neiges

 

Le désir resté désir

De l’espoir très haut

De la patience crépue


 

Christiane Loubier, 2012

COMPLAINTE DU LÉZARD AMOUREUX

Publié le par christiane loubier

Complainte-du-Lezard-amoureux

N’égraine pas le tournesol,

Tes cyprès auraient de la peine,

Chardonneret, reprend ton vol

Et reviens à ton nid de laine.


Tu n’es pas un caillou du ciel

Pour que le vent te tienne quitte,

Oiseau rural ; l’arc-en ciel

S’unifie dans la marguerite.


L’homme fusille, cache-toi ;

Le tournesol est son complice.

Seules les herbes sont pour toi,

Les herbes des champs qui plissent.


Le serpent ne te connaît pas,

Et la sauterelle est bougonne ;

La taupe, elle, n’y voit pas ;

Le papillon ne hait personne.


Il est midi, chardonneret.

Le séneçon est là qui brille.

Attarde-toi, va sans danger :

L’homme est rentré dans sa famille !


L’écho de ce pays est sûr.

J’observe, je suis bon prophète ;

Je vois tout de mon petit mur,

Même tituber la chouette.


Qui, mieux qu’un lézard amoureux,

peut dire des secrets terrestres ?

Ô léger gentil roi des cieux,

Que n’as-tu ton nid dans ma pierre !


Dessins de Joan Miro sur le poème de René Char

René Char (1947- Les matinaux)
Le texte a été mis en musique et chanté par Julos Beaucarne

L'HEURE DES COMPTES

Publié le par christiane loubier

Dans ce pays

À la lumière trop courte

Aux dimanches trop lents

On compte à longueur d’année


Mois de neige

Soirs d’été

Soleils qui reculent

Feuilles qui s’envolent

Que du temps à soustraire


On compte sur les doigts

Les fleurs immortelles

Les oiseaux libres

Les eaux folles

Pure addition d’écolier


Les disparus se dénombrent

Les grands arbres

Les montagnes immuables

Les étoiles défuntes

Les places vides à la table

Les granges et les étables


Pays détenu

Existence chiffrée

L’aliénation se compte

Morts et chuchotements

Fatras trépas

Le tocsin de la soumission


Tout recommencer

Démailler remailler

Fermer le livre des peurs

Rouvrir l’herbier

À la première fleur


Trouver le pendule caché

Qui cassera l’heure des comptes

 

 

Christiane Loubier

L'AMOUR COTON

Publié le par christiane loubier

Maintenant

Je m’endors de bonne heure

Sans eau

Sans bruit

Je me passe de lampe

De bougie


Maintenant

Je m’endors devant le feu

Le feu comme celui

Qu’allumait ma mère

Ma mère couturière

À chaque aurore de l’hiver


Maintenant

Je m’endors devant le feu

Le feu sans âge

Le feu sans pardon

Avec mon amour

Dans mon ventre

De coton

D’abandon


Ma mère

Ma mère couturière

M’avait bien dit

L’amour

C’est rien que du fil de couleur

Du coton à broder la douleur

Dans la vie qui éteint ses lampes

Une à une pour la nuit

 

 

 

Christiane Loubier

 

PLACE FORTE

Publié le par christiane loubier

ChateauBoulbon-788006

 

Dans nos murs

La faim n’est jamais immense

Les départs jamais grands

Les adieux jamais près des cieux


Hors les murs

C’est encore les murs

Falaise contre la mer

Cap contre la bonne espérance

Et les cloîtres dressés contre les amants


Haut mur

Avant l’éternité

 


Chateau Boulbon

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret


 

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