COURLIS CORLIEU

Publié le par christiane loubier

COURLIS CORLIEU

Le Courlis corlieu (Numenius phaeopus). Un bel échassier de passage à Baie-des-Sables (Gaspésie).

 

 
Le courlis est présent dans la poésie, il hante particulièrement celle W. B. Yeats :
 
Ô Courlis, ne crie plus dans les airs, 
Ou que les eaux seules t'entendent, à l'Ouest! 
Car tes cris évoquent à ma pensée 
Des yeux troublés de passion et de long cheveux lourds 
Secoués jadis sur ma poitrine ; 
Il y a assez de calamités dans le cri du vent !
 
 
Traduction : Franz Hellens. 

PAS RIEN...

Publié le par christiane loubier

Pas rien, pas rien, le petit vent de l’aube,
Le petit rose du petit matin,
Changé en pourpre, en noir, en nuit de taupe.
Je suis la taupe et le ciel est lointain.

Pas rien, pas rien, les flaques sur la plage,
La dune blonde et la blonde clarté,
La mer sans fin et les vagues sans âges,
Nous n’y aurons dansé qu’un seul été.
 
Pas rien, pas rien, même si l’on décompte
Les vaches maigres, les années de chien. 
J’aurai vécu tel jour, telle seconde
C’était trop peu mais ce ne fut pas rien.
 
 

 Liliane Wouters
 L’aloès (1983)

OÙ CHAQUE OISEAU...

Publié le par christiane loubier

Where every Bird is bold to go
And Bees abaschless play
The Foreigner before he knocks
Must thrust the Tears away —
 
Emily Dickinson
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Où chaque oiseau a licence d’aller
Et les abeilles jouent sans honte,
L’étranger avant de frapper
Doit essuyer ses larmes.
 
 
 
Traduction de Philippe Jaccottet dans
La semaisonCarnets 1980-1994
(Oeuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade).

 

Note de P. Jaccottet : Claire Malroux ayant lu cette
note [traduction] de pur profane, dans une revue,
me précise utilement que thrust est beaucoup
plus fort qu'« essuyer » et signifie ici « chasser »
sinon « refouler », et que le foreigner est
plus qu'un étranger (presque un intrus)
 
 
 
Claire Malroux dans Quatrains et autres poèmes brefs (2000)
donne la traduction suivante du poème :
Où tout Oiseau a l'audace d’aller
Où l'Abeille joue sans gêne,
L’Étranger avant de frapper
Doit balayer les larmes —

 

L’HEURE DU GRAND DUC

Publié le par christiane loubier

À l’heure où la nuit
Prépare ses serres
À l’heure où les corps
Se mêlent aux ombres

Le temps sans couleur
Nous fait glisser
Dans une douleur de chien-loup

Le paysage ricane en s’éclipsant 
Dans la noirceur de son silence
 
 
 
Christiane Loubier

LES FOINS SONT FAITS...

Publié le par christiane loubier

Les foins sont faits.

Vide, le pré est devenu un
sentier inextricable.

Je renonce à résoudre une
énigme qui vient à la faveur
de l'herbe fauchée.


 
 
François Jacqmin
Les saisons, Labor, 1988

LA CHANSON DE MAGLIA

Publié le par christiane loubier

Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
À vous la splendeur de rayons baignée;
À moi la poussière, à moi l'araignée.
Vous êtes bien belle et je suis bien laid ;
Soyez la fenêtre et moi le volet.

Nous réglerons tout dans notre réduit.
Je protégerai ta vitre qui tremble;
Nous serons heureux, nous serons ensemble;
Nous réglerons tout dans notre réduit;
Tu feras le jour, je ferai la nuit.

 

 

Victor Hugo
Toute la lyre, XXIII, Chansons (VI)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

             Victor Hugo par Auguste Rodin, dessin dédicacé à son ami Edmond Bazire

 

 

 

 

 

 

 

 

LES LUCIOLES

Publié le par christiane loubier

Heureuses
Dans vos billes chauffées à blanc
Échappées belles
Des fournaises du ciel

Vous êtes la part du feu
Pour l'appel de nos yeux
Chercheurs d’étoiles
Dans la terre qui a mangé
Tous nos scintillements de vermisseaux
 
 
 
Christiane Loubier
 

MON DESTIN EST PEUT-ÊTRE...

Publié le par christiane loubier

Mon destin est peut-être, de toute éternité, d'être comptable, et la poésie
ou la littérature ne sont peut-être qu'un papillon venant se poser sur 
mon front, et qui me rend d'autant plus ridicule que sa beauté est plus éclatante.
 
 

 

 
 
 
 
 
Fernando Pessoa
L'intranquillité
Source du dessin : http://fernando-pessoa.com/rubrique.php3?id_rubrique=1