LA GRANDE FORCE DES OISEAUX...

Publié le par christiane loubier

La grande force des oiseaux est de passer inaperçus, de se tenir au lieu
même de l’inaperçu. C’est à cet endroit qu’ils travaillent, qu’ils ravaudent
incessamment le monde, le cousent à sa suture insue, à l’espèce de cicatrice
ouverte dont ils sont le trajet.
 
 

Laurent Albarracin
Les oiseaux, Les Deux Corps, Rennes, 2014

POTIRON SEC DÉCORÉ PAR UN PEINTRE NAÏF

Publié le par christiane loubier

Le petit cheval brun galope
sans selle, sans cavalier.
Vers ce soleil qui est aussi une fleur?
Ou bien fuit-il cette autre fleur géante
qui est peut-être un pire soleil
ou une plante carnivore
ou une plante trop belle pour ses yeux de cheval?
Le petit cheval fuit éternellement
et moi je le regarde
et déjà je bouge.
— Mais qu'est-ce que je fuis?
 
 
 
 
 
 
 
Paul de Roux
Entrevoir, Dans l'air léger, 1987
 
 
 Petit cheval jaune, en tôle découpée
 Anonyme

MATRIARCHE

Publié le par christiane loubier

Une mère trop grosse
Pour un enfant trop pâle
Qui craint tant le ventre
Des cavernes - des baleines

Un mère trop grosse
Pour un gamin inquiet
De voir la lune trop belle
Devant les bras de la nuit

Fuir
Maintenir le grain de sable
Devant l’océan autour du monde
 
 
 
Christiane Loubier

UN JOUR, JE M'EN IRAI

Publié le par christiane loubier

Un jour, je m'en irai sur un bateau tout blanc
Aux îles sous le vent, au pays des enfants
Ah oui je m'en irai, m'en irai pour la vie
Pour les jours et les soirs, les matins et les nuits

Je quitterai Paris, je quitterai la Seine
Notre Dame les quais, ma jeunesse et la tienne
Je n'irai plus jamais acheter de château,
En Espagne ou ailleurs ni faire le zigoto
 
Ni traîner ma mollesse de vieux cargo usé
Au long des noirs canaux de Paris enfiévré
Ni ne finirai plus à minuit Place Blanche
Ah je voudrais goûter à mes anciens dimanches
 
Je quitterai Paris sans même une valise
Pour larguer mon passé et toutes mes sottises
Je quitterai les fleurs du jardin de ton corps
Et ta bouche anonyme et ton cœur qui m'endort
 
Je traînerai ma vie au long des continents
Au long des rêveries, au long des océans
Et peut être au fin fond d'une mer verticale
Entre cieux et nuages et va viendra le calme
 
Un jour je m'en irai sur un bateau tout blanc
Aux îles sous le vent au pays des enfants
Ah oui je m'en irai, m'en irai pour la vie
Pour les jours et les soirs, les matins et les nuits

Un jour je m'en irai sur un bateau tout blanc
Aux îles sous le vent  au loin, loin oui mais quand
Ah oui je m'enfuirai, m'enfuirai pour la vie
Pour les jours, pour les nuits, pour la mort sans soucis
 
 
 
 
Enregistré par Mouloudji en 1973
Musique de Jean Musy
Paroles de Mouloudji
(Sur Internet, le texte est parfois attribué à tort à Jacques Prévert).

ROSSIGNOLET DES BOIS

Publié le par christiane loubier

Au verger
L’hiver n’a plus de rancœur
Le prunier sans prunes est lourd de fleurs

Dans le bois de mai
C’est l’oiseau illettré
Qui m’apprend à lire et à écrire
Qui me montre la manière

Le printemps avance
Un souffle monte de la terre en labour
La mémoire revient
Je me souviens du nom des fleurs

Soudain la vie fait moins d’ombre
 
 
 
 
Christiane Loubier
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Source Partition de la chanson Rossignolet des bois dans Marius Barbeau,
     Le rossignol y chanteRépertoire de la chanson folklorique française au Canada.
 
 
   
   

VERROUS

Publié le par christiane loubier


Écriture pour creuser
Dans l’épaisseur triste
D’une terre jamais apaisée

Écriture impossible
De l’empêchement
De brûler sa croix

Nourriture infanticide
Ramenée par une cuiller de force
Dans la bouche verrouillée
D’un être inachevé

 
 
 
Christiane Loubier

LE VER DE TERRE

Publié le par christiane loubier

C’est une belle journée
J’ai reconduit à sa terre
Un ver égaré sur le trottoir ensoleillé
Un merle chante au bout de l’allée

C’est une belle journée
Trop longtemps j’ai sangloté
Pour une part d’azur
J’ai enfin enterré mes larmes
Dans le jardin humide

Un merle étire un ver au bout de l’allée
C’est une belle journée
 
 
 
Christiane Loubier

CHAQUE PRINTEMPS QUI REVIENT...

Publié le par christiane loubier

Chaque printemps qui revient
exhale l’odeur de promesses
pourries.

Il a le goût d’anciens
destins.

C’est le surprenant miasme des
vieux puits subitement mis au
jour.

Qui oserait défier le sourire des
caveaux ?
 
 
 
François Jacqmin
Les saisons, Labor, 1988
 

JOUR DE MAI

Publié le par christiane loubier

Ne dure pas plus longtemps
Qu’un bouquet
Le joli mois du muguet

Les belles de mai
Nous laissent avec nos regrets
Et un peu de rougeur aux poignets
 
 
 
Christiane Loubier
 
   

 

INSECTE

Publié le par christiane loubier

Comme l’amoureux 
De la mante religieuse
Je me dis 
Je suis née pour une mort heureuse

Je suis née insecte grignotant 
Sur la marge des feuilles
Je connais la force tranquille
Des mots inutiles
Comme dans les livres

Je sais le destin minuscule
De la vie courante
Qui ne peut rien
Lorsque la mer se retire

Comme un insecte
Un peu menteuse
Je me dis 
Je suis née pour une mort heureuse
 
 
 
Christiane Loubier