IVRE DU SILENCE...

Publié le par christiane loubier

Ivre du silence
des jardins abandonnés
ma mémoire s’ouvre et se ferme
comme une porte au vent
 
 
 
Alejandra Pizarnik
Poésia complèta
(édition d’Ana Becciu, Lumen ed., 2000)

  

 

 

Source : http://www.fibrillations.net/Alejandra-Pizarnik-Approximations

NOËL (MADAME À MINUIT)

Publié le par christiane loubier


Madame à minuit, croyez vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez -vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.

Au fond de la nuit, les fermes sommeillent,
Cadenas tirés sur la fleur du vin,
Mais la fleur du feu y fermente et veille
Comme le soleil au creux des moulins.
Comme le soleil au creux des moulins.

Aux ruisseaux gelés la pierre est à fendre
Par temps de froidure, il n’est plus de fous,
L’heure de minuit, cette heure où l’on chante
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.
Piquera mon coeur bien mieux que le houx.

J’avais des amours, des amis sans nombre
Des rires tressés au ciel de l’été,
Lors, me voici seul, tisonnant des ombres
Le charroi d’hiver a tout emporté,
Le charroi d’hiver a tout emporté.

Pourquoi ce Noël, pourquoi ces lumières,
Il n’est rien venu d’autre que les pleurs,
Je ne mordrai plus dans l’orange amère
Et ton souvenir m’arrache le coeur.
Et ton souvenir m’arrache le coeur.

Madame à minuit, croyez-vous qu’on veille ?
Madame à minuit, croyez-vous qu’on rit ?
Le vent de l’hiver me corne aux oreilles,
Terre de Noël, si blanche et pareille,
Si pauvre, si vieille, et si dure aussi.
 
Poème de Luc Bérimont
Musique de Léo Ferré
 
Interprète Jacques Bertin
 
 

 

EN ATTENDANT LE PÈRE NOËL

Publié le par christiane loubier

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
En attendant le Père Noël, un dessin réalisé par
Yvan Gallet, peintre illustrateur poitevin très connu
à Poitiers, pour la revue La Grand'Goule en1937.

JEAN VASCA N'EST PLUS

Publié le par christiane loubier

Un texte de Didier Pobel :

Encore une nouvelle attristante. La mort de Jean Vasca, l'autre nuit - la dernière de l'automne -, chez lui, à Rivières, dans le Gard. Il n'avait que 76 ans (vingt de moins que Michèle Morgan, décédée la veille, disparition qui a eu évidemment davantage de retentissement que celle-ci). Vasca, c'était pourtant une voix chaude, des textes superbes et d'envoûtantes mélodies. C'est à la fin des années 60 que commença à circuler son nom dans le milieu - moins restreint à l'époque qu'aujourd'hui -  de la chanson poétique, ou de la poésie chantée, comme on voudra. Vasca clamait la révolte et l'amour, magnifiait l'embellie et l'orage, mariait "L'écarlate et l'outremer" (1), dénonçait les menaces "modernes" en embuscade. Tout au long des décennies qui suivirent, pas toujours propices à un art de moins en moins artisanal, celui qui n'avouait d'autre objectif que de "vivre en flèche"  connut lumière et purgatoire. Un long purgatoire plutôt bien fréquenté, du reste.
Qu'on en juge. Il y avait là Gilles Elbaz, Jean-Max Brua, Jean-Luc Juvin et Jacques Bertin. Vieux frère en fidélité - et dernier à poursuivre désormais sa route -, Bertin n'oublia jamais ce temps de vaches maigres et de bœufs en MJC, ces soirées de copains d'estrade et de cœur. "Adieu amis de ma jeunesse!" scandait-il, il y a quelques années, dans une de ces vibrantes évocations qu'il sait si bien partager. Amis? On ne dira jamais à quel point ce mot dépassait pour les "cinq bons escholiers"  le simple terme familier. En douterait-on qu'il faudrait - qu'il faut - réécouter ce qui reste sans doute comme la plus fédératrice chanson de Jean Vasca, reprise d'ailleurs par Bertin, tout comme par Ogeret : "Amis soyez toujours...". Une œuvre chorale, comme on ne disait pas encore. "Ne verrouillez jamais la vie à double tour"  y exhortait notamment celui que Jean Ferrat, son voisin ardéchois, saluait très justement comme un navigateur : "Vasca de Gama caravelle à l'assaut des soleils levants!".
Bon vent, Vasca, bon vent!  D.P.

 

Source : http://dpobel.over-blog.com/2016/12/bon-vent-vasca-de-gama.html

 

JE ME PROMÈNE...

Publié le par christiane loubier

[...] Je me promène
Dans une armoire secrète.
La neige, une poignée à peine,
Fleurit sous un globe de verre
Comme une couronne de mariée.
Deux peines légères
S’étirent
Et rentrent leurs griffes [...]
 
 
 
Anne Hébert
La chambre de bois (extrait)

PoèmesÉditions du Seuil, 1960

HIVER, BEL HIVER

Publié le par christiane loubier

Hiver, bel hiver, beau berceau,
Toute la journée est éteinte,
La neige amassée au carreau
Est du bleu même des jacinthes,
Le temps passé n'a plus d'écho.
 
Dans l'alcôve ce bleu neigeux
Tend une écharpe de silence,
Et c'est le voile de nos jeux,
C'est le bain de nos préférences,
Et la lueur de nos aveux.
 
Sur la terrasse vont les pas
Des promeneurs d'un autre monde.
Notre univers est loin de là,
Le temps nous porte vers une onde
Où l'amour nous reconnaîtra.
 
À coeurs donnés, à coeurs donnants
La parole est une étrangère.
Comme l'oiseau passant au vent
Nos soupirs ont l'âme légère
Mais nos voeux sont plus exigeants.
 
De ses mains blanches le repos
Défend l'instant de toute crainte.
La neige amassée au carreau
Est du bleu même des jacinthes
En cet hiver, en ce berceau.
 
 
 
Louise de Vilmorin
Le sable du sablier, Gallimard (1943)