DU CÔTÉ DES NUAGES

Publié le par christiane loubier

Le merle ne vient plus boire au jardin

Parfois on entend une tourterelle

Le ciel se tait

Tu es du côté des nuages

Un peu de pluie

Rafraîchit la blessure

 

Et l’ombre que tu tiens dans ta main

Tu peux la refermer dans ton poing

Ou la rompre comme le pain

Tu peux aussi laisser s’envoler l’oiseau

Irréconciliable avec ton double

 

 

 

Christiane Loubier

LE BONHEUR EN POINTILLÉ

Publié le par christiane loubier

Seize petits oiseaux
Blanc et beige
Sur un fil avec du linge

Le bonheur en pointillé
Pour nous qui vivons
Bien plus bas
Que nos cordes à linge

 

 

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret


L'EN-ALLÉE

Publié le par christiane loubier

 

Flots de rubans
Pour la mariée de dentelle
Mousseline et percale
Pour hanches amoureuses
De belles coutures au soleil
Mercerie du commencement

Ni chevelure
Ni corsage
Ne souffriront un ciel
Piqué d’éphémère

Dans la penderie aux vanités
Le voile ajouré de chimères
Robe de l’en allée recoudre le vent
Mercerie du soleil couchant

Dans la cuisine
Bobines sans fil roulant
Sous des petits chars d’enfants
Les soirs de flanelle
Mercerie du recommencement

 

 

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret


 

LE COEUR VOILIER

Publié le par christiane loubier

Le cœur qui se lève

Dans la présence dure

D’un corps divisé


Comme un rocher

Au milieu du fleuve

Traversé par la clarté double

De la vague qui se cherche

Sur la rive déchirée

Dans son sable essentiel

 

 

Christiane Loubier

LA CHANSON DE LA RUE SAINT-PAUL

Publié le par christiane loubier

 

Max Elskamp

 

 

 

 

 

                  I


C'est ta rue Saint-Paul
Celle où tu es né,
Un matin de Mai
À la marée haute,

C'est ta rue Saint-Paul,
Blanche comme un pôle,
Dont le vent est l'hôte
Au long de l'année.

Maritime et tienne
De tout un passé,
Chrétienne et païenne
D'hiver et d'été,

Le fleuve est au bout
Du ciel qu'on y voit,
Faire sur les toits
Noires ses fumées,

De grands vaisseaux roux
De rouille et d'empois,
Y tendent leurs bras
De vergues croisées,

Maritime en tout
L'air que l'on y boit,
Sent avec la mer
Le poisson sauré,

C'est ta rue Saint-Paul
Ta rue bien aimée,
Où le fleuve amer
Monte ses eaux hautes,

C'est ta rue Saint-Paul
Blanche comme un pôle,
Et dont tu fus l'hôte
Pendant des années.


 

                  II

 

Paroisse du vent
Et rue de la mer,
Dans le matin clair
D'embruns délavés,


Dévote, marchande,
Trafiquante et gaie,
Blanche de servantes
Dès le jour monté, [...]

 


               Portrait de Max Elskamp

 

Max Elskamp, Oeuvres complètes, La chanson de la rue Saint-Paul


LE TEMPS QUI MANQUE

Publié le par christiane loubier

Le temps derrière
Le temps devant
Ce que je tiens me fuit

Souvent je me demande
Ce qu'il manque à mes jours
Pour faire mes nuits
Ce qu'il manque à mes nuits
Pour faire du temps
Ce qu'il manque au temps
Pour faire une vie
Ce qu'il manque à ma vie
La plupart du temps

 

 

Christiane Loubier

Poème publié dans Bordures du champ secret

PASSE L'OISEAU

Publié le par christiane loubier

Pois en fleurs au jardin

Il fait les cent pas

Sur la galerie étroite

 

Elle est morte ce matin

Pourtant sa pioche est là

Encore avec les roses

 

Immobiles pas plus qu’elle

Mes yeux las de soleil

S’en vont dormir

Dans leurs nids d’ombre

 

Ma main fatiguée de tenir le livre

Cherche les seins qui nagent

Dans un chandail trop large

 

Coule la lumière

Jappe le chien

Passe l’oiseau


 

 

Christiane Loubier

 

PEUPLE ROI

Publié le par christiane loubier

bestaire 0109

J'ai toujours envié les mouches

Qui boivent, mangent qui se couchent

Sans heurts sans lois et sans façons

et savent marcher au plafond

 

Chanter de l'aile ainsi que fait

Tout un coeur mouchard en liesse,

Voilà qui doucement caresse

Azur tes terribles secrets.

 

Sucre et mouche, oh grâce d'histoire

Contemple bien, vent légendaire

La beauté de la mouche noire

Sur sa banquise sucrière

 

Chair et mouche, oh bleu thermidor

Contemple bien, vent légendaire

La beauté de la mouche d'or

Sur sa charogne nourricière

 

Monde à l'endroit, monde à l'envers

Mieux qu'homme en est roi, moucheron

Mieux qu'homme vorace et pervers

et savent marcher au plafond !

 

 


La mouche, sculpture de Roger Dumont, Saint-Arsène, Bas-Saint-Laurent Géo Norge, Peuple roi,  La belle saison


 

LES OREILLERS DU SILENCE

Publié le par christiane loubier

J’ai appris

Comme les autres

À découper

Le temps des jours

Pas celui des nuits

 

On enlève sa montre

Avant d’aller se coucher

Comme si on pouvait noyer

Le pendule dans l’encrier

 

Comme si les chats des ruelles

Ne pouvaient pas éventrer

Les oreillers du silence

Comme si l’ombre

Ne nous regardait pas

 

Comme si la mort

Pouvait elle aussi

S’endormir sur le côté


 

 

Christiane Loubier

PLUS LOIN QUE LA NUIT

Publié le par christiane loubier

Le ciel s’enténèbre
Au loin – plus loin que la nuit
Il y a l’entêtement de l’oiseau


Tournant blessé
Haut – très haut
Muet au-dessus du silence


L’absence est un ciel
L’adieu à l’infini
Le bout de la nuit est ici


Dans les murs
De la chambre verte
Où naissent les matins

 

 

Christiane Loubier
Poème publié dans 
Bordures du champ secret