ABIES VITAEGRADUS

Publié le par christiane loubier

Un tacot allait tacottant

Symbole de la vie humaine.

À la gare du jour de l'an,

Il dut faire son plein jusqu'à l'année prochaine

« Hélas ! » dit le mécanicien,

Conduire un train de vie devient trop difficile,

Les aiguilleurs sont malhabiles,

À mon âge, on n'est plus entrain... »

« Teuf ! teuf ! souffla le chef de gare,

Montez alors sur ce houx-bus ! »

C'est un jouet bien dérisoire

Avec ses petits cumulus ! »

« Hou ! hou ! vous en êtes indigne !

Pour un si culotté chauffeur,

Vous déchiffrez bien mal les signes !

Tous ces flocons porte-bonheur,

Lorsque la vie pique, s'échappent

De ses plus secrètes soupapes... »

 

 

 

 

 

 
Patrice de La Tour Du Pin et Jacques Ferrand
Pépinière de sapins de Noël,
par deux sylviculteurs de l'imaginaire.
 
Illustrateur : Jacques Ferrand
 

 

 

CONIFÈRE

Publié le par christiane loubier

Il découvre
Qu’il descend du conifère
Tant de blancheur
Pour recevoir l’hiver
Et sa pensée poudreuse

Combat d’aiguilles
Pour rester toujours vert

 
 
 
 
Christiane Loubier

LES OISEAUX QUI RESTENT

Publié le par christiane loubier

Il n’y a pas neige sans oiseaux
Les arbres ne perdent jamais leurs plumes
Ne tirez pas sur les oiseaux de décembre
Qui avancent jusqu’au front dans l’hiver
Le blanc du renouveau

 
 
 
Christiane Loubier

À UN POÈTE QUI VEILLE TROP TARD

Publié le par christiane loubier

Demain tes vers tu les trouveras mensongers.
Ton esprit sonne sec, fais-le taire
Et laisse le cri d’un hibou te replonger
Dans l’humide abîme élémentaire.
 
 
 
Lucienne Desnoues
 
Source : Service du livre luxembourgeois, Michel Ducobu, Lucienne Desnoues (Dossier)

LA CHAMBRE EN HAUT

Publié le par christiane loubier

Dans la maison de bois
L’hiver de froid
La nuit à seize heures
Les clous qui craquent d’effroi

La chambre en haut
Avec les livres
Les absences en trop
Et cette fenêtre
Qui coupe en quatre le regard
Sur les voyages des oiseaux
 
 
Christiane Loubier
 

NEIGE SANS PAROLE

Publié le par christiane loubier

Où s’en va la voix tue
Dans le vent de l'hiver
Qui le saura jamais
La neige tombée hier
Est secret
 
 
 
Christiane Loubier
 

VERS LE BLANC

Publié le par christiane loubier

Se perdent les chats dans les tempêtes
Voyage difficile vers le blanc

Je chauffe tes doigts dans ma bouche
Je couds l’hiver sur tes épaules
Corps et habits en pure perte

Toi qui souffres
De ne pas être une bête comme les autres
La neige te protègera du gel
Pareil à un fruit de novembre
 
 
 
Christiane Loubier
 

LES CLÉS

Publié le par christiane loubier

Impossible de traverser un miroir éclaté
Par tant de visages masqués
Impossible de pénétrer
Un coeur enserré dans sa blessure
Impossible de percer
Une nuit écorchée vive
Par nos insomnies incisives

Rendez-moi les clés
Des portes emmurées dans nos jours
Trouvez-moi les clés d'un amour
Dont le coeur est vérité dans la nuit
 
 
 
Christiane Loubier
 

MIROIR DE DÉCEMBRE

Publié le par christiane loubier

Maintenant 
Vous êtes un étranger dans la tempête
Ici le froid subsiste longtemps
Après la poudre du vent

La nuit n’est pas le silence
Pas plus que la neige sur la langue
Le vrai  –  celui de nos ombres
Léchant un ciel glacé

Une image
Un miroir
Un souvenir dans une boule d’hiver
 
 
 
 
Christiane Loubier


À UNE MARIÉE

Publié le par christiane loubier

Le ciel, les haies et le soir
furent-ils mis dans ton écrin
ou bien n'y-a-t-il plus rien
qu'un voile blanc sous un ciel noir?
 
 
 
Jean Follain
Usage du temps, 1943

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