À L'ORÉE DU BOIS...

Publié le par christiane loubier

À l'orée du bois
tout au fond de la verte pâture
un petit monument votif
tout blanc
— mais voilà que ça se lève lentement
que ça s'ébranle
que c'est une vache
et que c'est inexplicablement satisfaisant.
 
 
 
Paul de Roux
Entrevoir, Paysage en trois saisons, Automne

 

 

 

LES DRAPS SONT BLANCS...

Publié le par christiane loubier

Les draps sont blancs
pour quel sommeil ?
Ils gémissent sous le vent
dans la courbe du verger
épinglés au fil des heures
l'eau rêve contre la pierre
une hirondelle l'effleure à peine
il va pleuvoir
sous la bruine
qui vient du lac
une lingère décroche
les messages sans nom
que personne
jamais n'aura décachetés.
 
 
 
Hélène Cadou, (1922, 2014)
L'innominée, 1983
 
Source :

 

 

 

Dessin : Hélène Cadou par René Guy Cadou

Hélène Cadou est décédée le 20  juin 2014

 

 

 

 

 

   

 

AU CIEL DES ROUTES

Publié le par christiane loubier

Comment reviendras-tu de ta course dans les nuages
Tu ne pourras pas supporter comme eux
Tout le poids du ciel

Les taxis sont éternels
Disais-tu
 
 
 
Christiane Loubier

LORSQUE VIENDRA LE PRINTEMPS...

Publié le par christiane loubier

Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts qu'au printemps passé.
La réalité n'a pas besoin de moi. [...]

 

 

 

Fernando Pessoa
Poèmes Desassemblés (poésies d'Alberto Caeiro, 16ème poème, extrait)

SANS BRUIT

Publié le par christiane loubier

[...] personne ne te connaît si bien
que la fleur où tu te penches
sans songer que le jardin te regarde [...]
 
 
 
Pierre Perrault
Chouennes (poèmes 1961-1971)
[extrait]

LE TÉNÉBRION

Publié le par christiane loubier

 
Étoile filante
Ou simple mouche
Fourmi ménagère
Ou sombre coléoptère
Araignée minuscule
Qui marche au plafond
Orion ou ténébrion
Insecte ou constellation
Ils ont tous des noms
 
L’homme a-t-il donc tout nommé
Du moucheron aux galaxies
Et lui quel est son vrai nom
A-t-il peur dans le noir
Cherche-t-il sa maison
Un lit un abri
Les portes les clés
De ses jours et de ses nuits
 
 
 
Christiane Loubier

LE TEMPS M'OPPRESSE JE TOMBE...

Publié le par christiane loubier

                         II
 
Le temps m’oppresse je tombe
et je glisse sur les genoux
mes mains tâtent la nuit
adieu ruisseaux de lumière
il ne me reste que l’ombre
la lie le sang
j’attends le coup de cloche
où jetant un cri
j’entrerai dans l’ombre
 
 
 
Georges Bataille
L'archangélique, Le tombeau (II)

CONSTELLATION AU JARDIN

Publié le par christiane loubier

On exalte leur parfum leur couleur
On sait leur silence aussi leur cœur 
Qu’elles ferment avec le pas du soir

Mais pour nous que sont les fleurs

Ici elles portent vive lumière
Nous ne les cueillerons point
Pour que le jardin des lampes ne se fane pas
 
 
 
Christiane Loubier
 

LES VÉRANDAS

Publié le par christiane loubier


Avec son poids de sagesse et d’ennui
la vieillesse est une source vaine
où boivent ceux qui n’ont plus soif

dans les villages les vérandas
sont les parloirs de l’été
du printemps quand il est doux
de l’automne quand il tarde

on y remue des regrets imprécis
des projets peut-être, mais peu pressés
une grande douceur de déroute

le juste quotidien accordé au passage du temps
on attend que le jour abandonne
les quelques heures qu’il a toujours de trop

cet espace de jours avec soin repliés, rangés, oubliés
c’est là que la vieillesse s’apprête et gagne
dans un demi-bonheur qui ferme les yeux
et que taisent les paroles

parfois la vie déjà faite remonte
plus vive et plus limpide
révèle l’intelligence du temps

c’est là que se rassemble la fin du jour
quand il va se dissoudre.
 
 
 
G. Dion

 

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