LE CRI DE L'ÉPERVIER

Publié le par christiane loubier

Lorsque la mort
me traverse
j'arrache son cri
à l'épervier
et l'intègre
à mon vocbulaire
 
 
 
Anise Koltz
Somnambule du jour
Poèmes choisis
   

 

LES POMMIERS

Publié le par christiane loubier

Pas si longtemps après
Je me demande
Comment vous avez pu vaincre
Le silence de nos vies
 
Pas si longtemps après
Je me demande
Comment vivre avec la même espérance
Et si parfois les vieux pommiers y pensent
Abandonnés qu’ils sont dans leur ciel d’hiver
 
Et comment ils font
Pour rester les bras ouverts
Pour donner un sens
À tant de blancheur
À tant d’incandescence
L’hiver
 
 
Christiane Loubier
 

 

 
 
LES POMMIERS
Pommiers (Réserve nationale de faune du cap Tourmente)

L'HYVER

Publié le par christiane loubier

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles,
S’en vont; et je leur dis : Vous sentez, irondelles,
S’esloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures,
Ma couche de babil et ma table d’ordures;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.
 
 
 
Théodore Agrippa d'Aubigné
(1552-1630)
L'hyver (extrait des Tragiques)
 
Le Sieur d’Aubigné est connu pour les Tragiquespoème d'environ 9000 vers,
inspiré par les persécutions subies par les protestants. Il remanie le poème 
plusieurs fois de 1577 à 1623Théodore Agrippa d’Aubigné est également
le grand-père de Madame de Maintenon, que Louis XIV épouse en 1683.
 

 

ÉNIGME

Publié le par christiane loubier

Si tôt déjà le soir, et si tard encore le matin,
l'obscurité pénètre dans la pièce,
la neige, le brouillard comme fondement, combien
d'hivers déjà?
 
 
 
 
 
Ingeborg Bachmann
Toute personne qui tombe a des ailes
Poèmes inédits 1962-1967
Traduction de l'allemand (Autriche) : Françoise Rétif
ÉNIGME
Source de la photo :
http://www.thehorsehospital.com/past/kinokulture-past/remembering-ingeborg-bachmann-1926-1973/

D'AUCUNS UTILISENT LE TRAÎNEAU...

Publié le par christiane loubier

D'aucuns utilisent le traîneau. D'autres,
leurs facultés intellectuelles.
Dans les deux cas,
on passe légèrement sur les choses.
On dérange
quelques finesses au passage.
Puis,
réticente à toute trace durable, la neige se ravise.
Tout n'aura été
qu'une problématique de la surface.
 
 
 
François Jacqmin
Le livre de la neige
   

 

LES MAISONS SE FERMENT

Publié le par christiane loubier

Peut-être qu’un jour
Tout sera dit
De ce pays

Les bêtes traquées
Meurent de ne plus être aimées
Les mots sont fatigués
De toujours être tus
Les terres s’épuisent
À force d’être quittées

Seul au bord des routes
Le fou quête village
Les maisons restent muettes
Calées dans la neige jusqu’aux lucarnes

Il nous faudra compter avec la tempête et la lumière sous zéro
 
 
 
Christiane Loubier
 

LES OISEAUX QUI RESTENT

Publié le par christiane loubier

Nous sommes les oiseaux qui restent,
Les transis aux portes des fermes
Où nous est comptée une miette avare,
Au point que les neiges, prises de pitié,
Rentrent nos plumes au bercail.
 
 
 
Emily Dickinson
Autoportrait au roitelet (Correspondance, janvier 1863)
[Extrait] Traduction : Patrick Reumaux.
Trois bruants des neiges représentés par trois sculpteurs. Deux artistes restent anonymes.
L'oiseau de droite a été sculpté par Wilfrid Richard (Saint-Ubalde, Portneuf, Québec).