BELLE-D'UN-JOUR

Publié le par christiane loubier

 

 

Cette fleur d’un jour

Que la brunante invite à mourir

Dépose sa rosée

À la porte du soir

 

La plus grosse étoile

Pour la nuit

Noire de rien

 

 

 

Christiane Loubier

saisons 0591

 

 

 

                            Hémérocalle nommée aussi belle-d'un-jour


LA POÉSIE

Publié le par christiane loubier

Qu’est-ce donc que la poésie? Un feu de camp abandonné,

qui fume longuement dans la nuit d’été, sur la montagne déserte.

 

Retrait du monde et de moi-même,

Souvent je l’ai entendu germer dans la pierraille de la montagne,

Le grondement muet dont naîtra le tonnerre.

 

 

 

Claude Vigée 
L'homme naît grâce au cri

VOICI MA PLACE...

Publié le par christiane loubier

Voici ma place
Pour l'éternité
Une chaise de paille basse
Le silence et l'été
Un mur que le soleil a fendu
Comme une rue
Et mon âme qui s'habitue
À  dire tu

 

 

Anne Perrier
Poésie 1960-1986

 

LE PRIX

Publié le par christiane loubier

Les escaliers

Des joies et des peines

À descendre et à monter

Sont compris dans le prix de sa maison

 

 

 

Christiane Loubier

REFUS

Publié le par christiane loubier

Dans le ciel rouge du matin

Rester debout près de la pierre

Refuser que les jours se creusent

De la même façon pour tous

 

 

 

Christiane Loubier

 

LE CHAT

Publié le par christiane loubier

 
 
Pour la petite Marielle
 
Au royaume des gravures
il était un chat pervers
excentrique et multiple
le poil noir et le poil clair
 
Entre souris et sirène
il était juste couché
avec une nonchalance de laine
dans un livre d'animalier
 
Contrairement aux usages
à la pleine lune parfois
d'un bond il quittait sa page
et s'en allait courir les toits
 
les toits et les mansardes
Puis visitant les logis
il soufflait l'or des lampes
et buvait le lait des petits
 
Avec l'ombre pour complice
le voici tigre persan
poursuivi par la police
une police à turban
 
Reprenant sa bonne mine
Maître chat est jardinier
il cueille avec ses canines
le bouton vert des rosiers
 
Après toutes ces fredaines
à l'aube il regagnait le papier
et entre souris et sirènes
il s'endormait les yeux ouverts
 
 

Chat JS

 
Georges Schehadé
 Les poésies
 
 
                 Dessin et découpage : Jean-Sébastien Perron

ÉVADNÉ

Publié le par christiane loubier

L'été et notre vie étions d'un seul tenant

La campagne mangeait l'odeur de ta jupe odorante

Avidité et contrainte s'étaient réconciliées

Le château de Maubec s'enfonçait dans l'argile

Bientôt s'effondrerait le roulis de sa lyre

La violence des plantes nous faisait vaciller

Un corbeau rameur sombre déviant de l'escadre

Sur le muet silex de midi écartelé

Accompagnait notre entente aux mouvements tendres

La faucille partout devait se reposer

Notre rareté commençait un règne

(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière

En tournant chaque nuit la page consentie

Veut que chaque part de toi que je retienne

Soit étendue d'un pays d'âge affamé et de larmier géant)

 

C'était au début d'adorables années

La terre nous aimait un peu je me souviens.

 

 

René Char
Fureur et mystère

GRANDES CHALEURS

Publié le par christiane loubier

Certains jours de l’été

Le temps chaud

Nous fait rougir

De l’ardeur des âmes

 

Certains jours de l’été

Le temps humide

Nous fait pleurer

Dans le vert infâme

 

Ne pas savoir

Par quel éclair

Nous sommes tenus de vivre

 

Par quelle foudre

Pour quelle fleur

 

 

 

Christiane Loubier

J'ENTREPRENDRAI D'ANIMER SEUL...

Publié le par christiane loubier

J'entreprendrai d'animer seul le paysage

Où vécut notre amour pour la dernière fois :

J'évoquerai le lac, le chalet et les bois

Dont rêvait pour sa fin notre vieillesse sage.

 


Ton sommeil y trouvait de nouveau le visage

Tout de sérénité qu'il avait autrefois,

Quand, après la première extase et ses émois,

Le songe en prolongeait l'espoir et le présage.

 


Ce n'était plus nos fils de chair que tu voyais,

Mais ceux de nos enfants avec leur rire frais.

Et tu disais : « Que telle et tel vont donc se plaire! »

 


Tu faisais de ta vie un feu perpétuel :

L'aïeule conservant son tendre cœur de mère

Et l'épouse les dons de la lune de miel.

 


 

Alfred Desrochers
Élégies pour l'épouse en-allée, 1967