19 articles avec carnet de l'absence

RENDEZ-VOUS

Publié le par christiane loubier

Je reconnais le chemin
Je me souviens du rocher
Qui mène à nos ombres
 
Me laisserez-vous
Attendre la lumière
Qui basculera la pierre
Dans la vérité crue des choses
 
Me laisserez-vous me coucher
Dans ce paysage démasqué
Qui s’étire vers vous
 
Le dernier linceul de nos rendez-vous
 
 
 
Christiane Loubier

EN BOIS DE PLANCHES

Publié le par christiane loubier

Après toutes ces lunes
Ces matins à la une
Soleils qui cuisent
Étoiles qui se taisent
 
Après tous ces couchers dans un lit
Ces levers dans le bruit
Échanges de draps — de nids
Repassages de vie
 
Après tant de migrations d’oiseaux
De remous sur les eaux
Apercevoir la fin
Quitter le pèlerin
Le bâton — le chien mort
Et les remords
 
Calmer le sang — le souffle
Reconnaître le chat dans le verger
Et la maison en bois de planches
Au bout de l'allée
 
Oser entrer
Accepter le pain qu’on n’a pas cuit
Le bonheur dans l’âtre apaisé
Qui rougeoie de chaleur — de baisers
 
 
 
Christiane Loubier

HISTOIRE BRÈVE

Publié le par christiane loubier

L’histoire commence par la fin
Là où la lumière se répand
L’histoire commence par la fin
Là où je glisse dans le bruit
D’un amour qui s’enfuit là
Avec la mer dans ses deux bras
 
 
 
Christiane Loubier

LA CHAMBRE EN HAUT

Publié le par christiane loubier

Dans la maison de bois
L’hiver de froid
La nuit à seize heures
Les clous qui craquent d’effroi

La chambre en haut
Avec les livres
Les absences en trop
Et cette fenêtre
Qui coupe en quatre le regard
Sur les voyages des oiseaux
 
 
Christiane Loubier
 

L'ÉNIGME

Publié le par christiane loubier

Le vide que laisse novembre

La vie invisible se glisse

Entre la pensée et le printemps

L’hiver témoigne de l’énigme

 

 

 

Christiane Loubier

FENÊTRES FRAGILES

Publié le par christiane loubier

Éloignez-vous de ma fenêtre

Ne secouez plus la poussière

Que je fus pour vous

 

Pas l’angoisse de plomb

Pas la douleur dans chaque heure

Juste la souffrance familière

Comme un long cil sous les paupières

 

Ne me parlez pas

Pas un mot

Pas besoin

 

L’oiseau seul contredit le silence

 

 

 

Christiane Loubier

LE TROIS JUILLET

Publié le par christiane loubier

Et vous m'avez quittée

Comme on quitte un pays

Qu'on croit trop petit

 

Moi je suis restée debout

Où je suis née

Et j'ai pleuré jusqu'au mois d'août

 

Comme un pays qu'on a quitté

 

 

 

Christiane Loubier

LE DIVAN VERT

Publié le par christiane loubier

Il y eut un soir d’hiver

Un saccage de fleurs

Sur un divan vert

 

Le papillon offert

Restera plié

Dans son étui

Et moi épinglée

Dans ma boîte à chagrin

Les deux bras ouverts

Sur presque rien

 

Rien que trop de soleil

Comme une brûlure

Et tant – tant de vitre

 

 

 

Christiane Loubier

SOUDAIN LA VIE S'ÉVAPORE

Publié le par christiane loubier

Maintenant tu discutes avec ton chat

Déjà trop vieux pour attraper les rats

Maintenant tu parles tout seul

Regrettant les paysages d’amitiés

 

Ces arbres ces fleurs ce foin

Que tu n’as pas plantés

Ce visage sur la photo

Dormant avec les autres

Dans des boîtes à souliers

 

Soudain la vie s’évapore

Petite buée sur ta vitre

Poussière sur ton manteau

 

Une traînée d’absence

Dans un ciel d’hiver

Un froid dans ton dos

 

 

 

Christiane Loubier

 

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