LE DÉCOMPTE

Publié le par christiane loubier

Douze feuilles de calendrier

Beaucoup de jours et de nuits

Et de chiffres alignés

 

Autant de peines

Et d’amours anciennes

Maintenant rangées

Dans leur douzaine

 

Être n’est pas chiffrer

Aimer n’est pas compter

Une addition ne fait pas une vie

 

 

 

Christiane Loubier

LE TROIS JUILLET

Publié le par christiane loubier

Et vous m'avez quittée

Comme on quitte un pays

Qu'on croit trop petit

 

Moi je suis restée debout

Où je suis née

Et j'ai pleuré jusqu'au mois d'août

 

Comme un pays qu'on a quitté

 

 

 

Christiane Loubier

LA CROIX DU CHEMIN

Publié le par christiane loubier

Il existe des pays

Plus tristes que d’autres

Où le gel casse les heures

Où le temps s’allonge

Entre les rues et les jours

 

À la croisée du chemin

On a repeint le Christ en croix

Ses cheveux couronnés

Sont roux sous les pluies acides

 

Le rosier rugosa

L’encage à chaque printemps

Les narcisses des poètes

Disparus des catalogues

Parfument ses pieds

 

Il existe des pays

Plus tristes que d’autres

Collier d’épines sans couronne

 

 

 

Christiane Loubier

LES PIVOINES

Publié le par christiane loubier

 

Tout juste le temps d'être de petites balles, de

petits globes lisses et denses, quelques jours;

puis, cédant à une poussée intérieure, de s'ouvrir,

de se déchiffonner, comme tant d'aubes autour

d'un poudroiement doré de soleil.


Comme autant de robes, si l'on veut. Si vous y

incite l'insistante rêverie.

 

 

Opulentes et légères, ainsi que certains nuages.

 

 

Une explosion relativement lente

et parfaitement silencieuse.

 

 

La grâce dérobée des fleurs.

 

 



saisons 0419-copie-1 

Philippe Jaccottet
Cahier de verdure, Les pivoines


POUR QU'IL PLEUVE

Publié le par christiane loubier

Cette absence

Cette tombe

Trop lourdes

Pour mes genoux

Privés d’éternité

 

Le loup de la légende

Ces belles histoires

Encore sur tes lèvres

Ton nom aussi

 

Le nid de l’oriole

L’air de la viole

Et le violet lilas

Pour que le souvenir

Ne mente pas

 

Une bordée d’oiseaux blancs

Un très long chant

Pour qu’il pleuve

Sur ce dernier chagrin

 

 

 

Christiane Loubier

LE CRI ROND DU MERLE

Publié le par christiane loubier

Le cri rond du merle

roule vers l'avenir.

 

 

 

Jean Mambrino
Le mot de passe

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  La becquée au nid, Beauport (Québec)

SOIRS DU VAUCLUSE...

Publié le par christiane loubier

Soirs du Vaucluse, funèbre Provence. Les roseaux bordent

des champs de cendres où errent nos propres ombres, privées

du lait des jours. Une fois encore, la cigale chante. Une dernière

brise murmure dans les herbes. La fierté rend ses armes et

apprend à mourir. Le soir est mélodieux.

 

 

 

Albert Camus
La postérité du soleil 

 

Camus p 38 arbre 
          

           Photographie qui accompagne le poème : Henriette Grindat

 

LE BONHEUR DES ÉPAVES

Publié le par christiane loubier

La peur mouillée a éteint la bougie

Nos deux corps à pic ont coulé

 

Deux épaves de cire

Ondoyant à flot sur le désir

 

Dédaignant le brasier

Qui consume trop tôt l'horizon

 

 

 

Christiane Loubier

TU ES ASSIS...

Publié le par christiane loubier

Tu es assis

devant le métier haut dressé de cette harpe.

 

Même invisible, je t'ai reconnu,

tisserand des ruisseaux surnaturels.

 

 

 

Philippe Jaccottet
À la lumière d'hiver

 

 

PAROLES SOUS LES ÉTOILES

Publié le par christiane loubier

C’est toujours dans un jardin

Que je pense à toi

Devant la fontaine

Où les grenouilles

Endorment les étoiles

 

Nous parlions tout bas

Avec des mots sans amour

Avec des mots libres

 

Nous parlions tout bas

Des nuages ronds de mémoire

Du soir qui se rend

Dans la pliure des feuilles

 

Jamais parole

N’eut autant

Goût de rosée

 

Jamais la nuit

Ne fut autant

Langage et amie

 

 

 

Christiane Loubier

 

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