LA CERISE DE MONTMORENCY

Publié le par christiane Loubier

 
                               À Pierre et Suzanne
 
    La cerise courte-queue
Qui s’allume autour de Paris
    Fait jubiler mes banlieues
Dans ce chaud printemps défleuri.
    Salut guignes et griottes,
Mes feux aigus de la Saint-Jean,
    Tisons, braises, lumerottes,
Beaux petits fruits intelligents !
    D’aucuns disent : « Je descends
Des Rois, des Croisés, de Saint-Pierre. »
    Moi je porte dans mon sang
Toute une gloire cerisière.
    Ils disent : « Je suis Ceci
Par le Lis, l’Épée ou l’Église. »
    Moi je suis Montmorency,
Montmorency par la cerise.
 
    Mille tailles, mille cueilles
Dans les hauts faits de ma Maison.
    La cerise avec ses feuilles
Peut figurer sur mon blason.
    L’acide des courtes-queues
Brasille et rit sous nos vertus.
    Cueillez, mes aïeules feues,
Tous nos cerisiers sont vendus.
    Ils ne portent pas le deuil
De leurs soigneurs, de leurs cueilleuses.
    Et les voilà tout orgueil
Sur les collines orgueilleuses.
    Adieu, passé rougissant,
Adieu cerise illuminée,
    Aucune main de mon sang
Ne te cueillera cette année.
 
 
 

Lucienne Desnoues

La fraîche, Gallimard , 1958
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

Cerises de Montmorency dans leur cerisier
Beauport (Québec)

NE FAIS PAS DE TA VIE UN DÉSERT...

Publié le par christiane loubier

Ne fais pas de ta vie un désert. N’en expulse
Ni Dieu ni les divins qui t’ont permis de vivre
Un peu plus qu’un instant ici même où tu es
Sans que tu saches la raison. Entre les herbes,
Le ruisseau brille et nous murmure quelque chose
Que nous ne comprenons pas, bien que le chant, comme
L’eau, en soit clair. Pas plus, tu ne déchiffres l’A
B C que la buse épelle en miaulant sur
Son erre, ni le jaune intense des crépides
Face au soleil tout-puissant que les oiseaux noirs,
Haut perchés sur le coteau, acclament. Le vent,
Le perpétuel, quant à lui, propage à notre
Insu, se mêlant aux peupliers, les parties
Du discours qui nous font amèrement défaut.

 

 

 
Robert Marteau
(Attichy, mercredi 18 août 1993.)
Registre, Liturgie III, 1993-1995, Champ Vallon
 
 
Illustration de la page de couverture de Registre

 

LES ENFANTS DE L'ÉTÉ

Publié le par christiane loubier

Les enfants qui offrent des fleurs
S’en retournent avec leurs pleurs
Ils n’ont pas vu le crachat
Sans les épervières
Ni les petites bibittes
Au cœur des marguerites
Ils ne savent pas
Que les roses sauvages
Sont trop pâles
Qu’elles ont plus d’épines que de pétales

Et puis après
Il y a bien des pucerons
Dans les plus belles chansons
Et parfois des petites bêtes
Dans la tête des enfants
Qui pleurent et s’en retournent
Jouer avec les papillons
 
 
 
Christiane Loubier
 
 
Bas-relief attribué à la famille Bouchard (Charlevoix, Québec)
Vers 1930

 

NOUVELLES DU LINGE

Publié le par christiane loubier

De soif j'ai rincé mon linge et je l'ai tordu
après ça qu'est-ce-que j'ai fait je l'ai pendu
 
grand ouvert sur le pré tout contre l'odeur
du foin debout le blanc comme la couleur
 
en rimes claires offertes aux rafales du vent
fin comme cible et serré comme van
 
je le regarde avec amour à chaque fois
est-ce lui qui se gorge d'air est-ce moi
 
trame à l'attache eau qui vole
le frais du linge a saisi la parole
 
 
 
Ludovic Janvier
La mer à boire, Poésie/Gallimard
 
 
 
 
 

LES VACHES

Publié le par christiane loubier

Dans le champ d’en face
Ruminent les vaches
Demandent-elles au ciel
Un peu d’eau 
Un peu d’herbe drue 
Rêvent-elles comme nous
Les yeux mi-clos 
De s’envoler de leur enclos
 
 
 
Christiane Loubier

 
Sculpture de Léonard Croteau, Saint-Étienne-des-Grès (Québec)
(Collection privée)

 

HISTOIRE BRÈVE

Publié le par christiane loubier

L’histoire commence par la fin
Là où la lumière se répand
L’histoire commence par la fin
Là où je glisse dans le bruit
D’un amour qui s’enfuit là
Avec la mer dans ses deux bras
 
 
 
Christiane Loubier