CE BRAS DÉRIVANT

Publié le par christiane loubier

Sous un ciel très haut
Je suis une presqu’île
J’ai un bras vers toi

L’espérance mène à la mer
Tu es toute l’eau de la vague
Qui croit monter
 
 
 
Christiane Loubier

ENTREDEUX

Publié le par christiane loubier

Entre vous et moi
La peur du noir
L’horreur du blanc
La nuit inexpiable
Et le vide devant
 
Le souvenir d’un vrai visage
L’enfant qui braille
Le geai bleu qui craille
Le silence authentique
Affrontant les tripes
 
Entre vous et moi
Le bond du lièvre
La parole des oiseaux
La louve espérance
 
Entre vous et moi
L’eau des pierres
Le secret du feu
Le gris des granges
Le blé qui se penche
 
 
 
Christiane Loubier

COURLIS CORLIEU

Publié le par christiane loubier

COURLIS CORLIEU

Le Courlis corlieu (Numenius phaeopus). Un bel échassier de passage à Baie-des-Sables (Gaspésie).

 

 
Le courlis est présent dans la poésie, il hante particulièrement celle W. B. Yeats :
 
Ô Courlis, ne crie plus dans les airs, 
Ou que les eaux seules t'entendent, à l'Ouest! 
Car tes cris évoquent à ma pensée 
Des yeux troublés de passion et de long cheveux lourds 
Secoués jadis sur ma poitrine ; 
Il y a assez de calamités dans le cri du vent !
 
 
Traduction : Franz Hellens. 

PAS RIEN...

Publié le par christiane loubier

Pas rien, pas rien, le petit vent de l’aube,
Le petit rose du petit matin,
Changé en pourpre, en noir, en nuit de taupe.
Je suis la taupe et le ciel est lointain.

Pas rien, pas rien, les flaques sur la plage,
La dune blonde et la blonde clarté,
La mer sans fin et les vagues sans âges,
Nous n’y aurons dansé qu’un seul été.
 
Pas rien, pas rien, même si l’on décompte
Les vaches maigres, les années de chien. 
J’aurai vécu tel jour, telle seconde
C’était trop peu mais ce ne fut pas rien.
 
 

 Liliane Wouters
 L’aloès (1983)

OÙ CHAQUE OISEAU...

Publié le par christiane loubier

Where every Bird is bold to go
And Bees abaschless play
The Foreigner before he knocks
Must thrust the Tears away —
 
Emily Dickinson
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Où chaque oiseau a licence d’aller
Et les abeilles jouent sans honte,
L’étranger avant de frapper
Doit essuyer ses larmes.
 
 
 
Traduction de Philippe Jaccottet dans
La semaisonCarnets 1980-1994
(Oeuvres, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade).

 

Note de P. Jaccottet : Claire Malroux ayant lu cette
note [traduction] de pur profane, dans une revue,
me précise utilement que thrust est beaucoup
plus fort qu'« essuyer » et signifie ici « chasser »
sinon « refouler », et que le foreigner est
plus qu'un étranger (presque un intrus)
 
 
 
Claire Malroux dans Quatrains et autres poèmes brefs (2000)
donne la traduction suivante du poème :
Où tout Oiseau a l'audace d’aller
Où l'Abeille joue sans gêne,
L’Étranger avant de frapper
Doit balayer les larmes —

 

L’HEURE DU GRAND DUC

Publié le par christiane loubier

À l’heure où la nuit
Prépare ses serres
À l’heure où les corps
Se mêlent aux ombres

Le temps sans couleur
Nous fait glisser
Dans une douleur de chien-loup

Le paysage ricane en s’éclipsant 
Dans la noirceur de son silence
 
 
 
Christiane Loubier