CE QUE JE SAIS

Publié le par christiane loubier

 

Ce que je sais :

la terre est plate

elle est creusée dans toute sa longueur

par une blessure sèche.

 

 

 

 

 

 

 


jean-marie-gustave-le-clezio  

J. M. G. Le Clézio, L'infiniment moyen (extrait),
L'extase matérielle.



PEUT-ÊTRE NOVEMBRE

Publié le par christiane loubier

 

C’était peut-être novembre

Dans l’aube de six heures

Tu cueillais des fleurs d’obscurité

Il faisait encore lune à la fenêtre

 

C’était peut-être novembre

La saison qui t’obsède


Le jour n’est plus de taille

Il rampe sous la porte

Vois ta main

Elle capture un restant de lumière


Une lampe dans ta tête

Au onzième étage

 

 

 

Christiane Loubier

CET ENFANT SUR TON ÉPAULE

Publié le par christiane loubier

                        III


Cet enfant sur ton épaule

Est ta chance et ton fardeau.

Terre en quoi l'orchidée brûle,

Ne le fatiguez pas de vous [...]

 

 

René Char, Les trois soeurs, Le poème pulvérisé (extrait).

 

LE FROID AVANCE

Publié le par christiane loubier

Peu importe qu’il soit

Cinq heures du soir ou du matin

Ombre après ombre

Le froid avance

Un froid d’argent

Comme la coulée grise

Dans les cheveux des femmes

Éperdues dans le sous-bois

De leur automne

 

 

 

Christiane Loubier

OUTILS DE VENT

Publié le par christiane loubier

Jourdan

[...] Le dos brisé contre les pierres

un homme dévasté se rencogne

dans l'angle minuscule de sa force

qu'un peu de terre retient

à la limite du silence.

 

 

Pierre-Albert Jourdan

Photo : © Gilles Jourdan

 

Pierre-Albert Jourdan, Le bonjour et l'adieu, Outils de vent, extrait.

TEMPS DE CHASSE

Publié le par christiane loubier

 

Au Nord

En Abitibi

La neige est tombée sur les fusils

Les chevreuils ont bramé

La mort commence en automne

 

Se gonfle la levure du doute

Le pays dont nous rêvions

Est une meute blessée

Un dieu timide

Derrière des paupières de vent

Un très haut chagrin

Sans le panache du refus

 

 

 

Christiane Loubier

 

APRÈS L'ÉTÉ

Publié le par christiane loubier

Par la porte ouverte

Le jardin est entré

Dans la maison

 

Les épis en graines

L’odeur d’une prairie

Dans l’armoire

Sans les peines

 

Ce feu en couleur

Ce petit bois chantant

Ces feuilles en fleurs

 

Sur ma robe

Soleil couchant

Les fruits dorment

Dans des paniers

 

Notre faim

Notre soif

Enfin calmées

Après l’été

 

 

 

 

Christiane Loubier

CHEMIN DE VILLAGE

Publié le par christiane loubier

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Les étourneaux clabaudent l'automne

et parfois, j'entends claquer les portes

    à deux reprises

dont une fois en rêve

 

Qui nous a donné les images,

les pommes rouges,

au jardin du charbonnier

sans rime ni raison, mais dans l'idée de

    partager notre défaite.

 

 


 

Ilse Aichinger

Photo : Hammerbacher

Source : derstandard.at        

 

 lse Aichinger, Le jour aux trousses,

poésies complètes traduites de l'allemand

par Rose-Marie François