SUR LE CALVAIRE DE LOUISFERT

Publié le par christiane loubier

 

 Sur le calvaire de Louisfert
 S'est posé un soliste ailé, —
Sa gorge est couleur capucine,
     Sa voix est infiniment fine, 
     Son oraison est cristalline,
— Il gazouille des airs très doux
Au fil desquels revient en litanie
Le nom du régent René Guy Cadou.
 
 
Henri Pichette
Les ditelis du rougegorge
Le poète René Guy Cadou est mort le 20 mars 1951

LA VITRE

Publié le par christiane loubier

La vitre vers le froid
Tremblait pour la beauté
Que le givre ferait sur elle
Avant l'aurore [...]
 
 
 
E. Guillevic
 
 
 
  Source de la photo : http://www.evidentia.net/fr/

LA CORDE

Publié le par christiane loubier

Une nuit 
J’ai ouvert la grille
Sur le jardin des ombres 
 
Traces de traîneaux perdus
Pattes d’oiseaux sur la neige
Pistes de loups éperdus

Refus de ces chemins tracés
Non je ne franchirai pas
La distance de la douleur à l’amour
Même si j’entends défleurir les fleurs
Avec leur fil de sang au cœur

Mon ciel suspendu
La corde au-dessus du silence
Que je tresse sans fin 
Pour ne pas tomber


 
 
Christiane Loubier

LE CRI DE L'ÉPERVIER

Publié le par christiane loubier

Lorsque la mort
me traverse
j'arrache son cri
à l'épervier
et l'intègre
à mon vocbulaire
 
 
 
Anise Koltz
Somnambule du jour
Poèmes choisis
   

 

LES POMMIERS

Publié le par christiane loubier

Pas si longtemps après
Je me demande
Comment vous avez pu vaincre
Le silence de nos vies
 
Pas si longtemps après
Je me demande
Comment vivre avec la même espérance
Et si parfois les vieux pommiers y pensent
Abandonnés qu’ils sont dans leur ciel d’hiver
 
Et comment ils font
Pour rester les bras ouverts
Pour donner un sens
À tant de blancheur
À tant d’incandescence
L’hiver
 
 
Christiane Loubier
 

 

 
 
LES POMMIERS
Pommiers (Réserve nationale de faune du cap Tourmente)

L'HYVER

Publié le par christiane loubier

Mes volages humeurs, plus sterilles que belles,
S’en vont; et je leur dis : Vous sentez, irondelles,
S’esloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs, pour ne tascher, impures,
Ma couche de babil et ma table d’ordures;
Laissez dormir en paix la nuict de mon hyver.
 
 
 
Théodore Agrippa d'Aubigné
(1552-1630)
L'hyver (extrait des Tragiques)
 
Le Sieur d’Aubigné est connu pour les Tragiquespoème d'environ 9000 vers,
inspiré par les persécutions subies par les protestants. Il remanie le poème 
plusieurs fois de 1577 à 1623Théodore Agrippa d’Aubigné est également
le grand-père de Madame de Maintenon, que Louis XIV épouse en 1683.
 

 

ÉNIGME

Publié le par christiane loubier

Si tôt déjà le soir, et si tard encore le matin,
l'obscurité pénètre dans la pièce,
la neige, le brouillard comme fondement, combien
d'hivers déjà?
 
 
 
 
 
Ingeborg Bachmann
Toute personne qui tombe a des ailes
Poèmes inédits 1962-1967
Traduction de l'allemand (Autriche) : Françoise Rétif
ÉNIGME
Source de la photo :
http://www.thehorsehospital.com/past/kinokulture-past/remembering-ingeborg-bachmann-1926-1973/

D'AUCUNS UTILISENT LE TRAÎNEAU...

Publié le par christiane loubier

D'aucuns utilisent le traîneau. D'autres,
leurs facultés intellectuelles.
Dans les deux cas,
on passe légèrement sur les choses.
On dérange
quelques finesses au passage.
Puis,
réticente à toute trace durable, la neige se ravise.
Tout n'aura été
qu'une problématique de la surface.
 
 
 
François Jacqmin
Le livre de la neige