DÉCLARATION DE GUERRE

Publié le par christiane loubier

   Les grivolives ont tiré
   leur révérence oiseuse
et les plectrophanes neigeux
    tiennent toute la place

et plongent dans mes yeux
          jusqu’à la garde
        un pays sans arme
           à tirer de l’oubli

         j’observe bien sûr
dans la mesure du possible
          et de la guerre
les règles de grammaire
        et de l’intolérance

mine de rien je consulte l’histoire à dormir debout


Pierre Perrault
Déclaration de guerre (extrait), Chouennes, (1961-1971)

 

          

Perrault2

 

 

 

 

 

 

 

Chouenne est un mot du parler populaire
des gens de Charlevoix,
il fait référence  à toutes formes de langage parlé,
de la simple vantardise à tout discours habile à dire des merveilles.

(Pierre Perrault. dans l'introduction de Chouennes).

Photo de Pierre Perrault : Jean-Paul Vielfaure

SOLEIL PEU PROBABLE

Publié le par christiane loubier

Délivré du gel

Entre l’eau et le froid

Sans fusil ni gueuloir

La main ne sait plus choisir

L’arbre à deux tranchants

L’encre ou les nuages

 

Peut-être les cerises noires

De petits orages

De petits miroirs

 

Peut-être le dernier duvet dans l’espace

 

 

 

Christiane Loubier

OÙ ALLER

Publié le par christiane loubier

Plus de voyages au long cours,
          je creuse ton départ
       et le grand vide en moi
         qui tue l’éclat du vide

                 avec au cœur
               cette avalanche
           qui saccage un à un
          les bivouacs de la vie.

 

André Velter, L’amour extrême et autres poèmes pour Chantal Mauduit, 2007

Site du poète : http://www.andrevelter.com/

IL SE FAIT TARD

Publié le par christiane loubier

Dans l’écho des anciennes chasses

J’écoute aux arbres

Le chant égaré des cors

J’emporte derrière moi

Les souvenirs cornés par le vent

 

 

 

Christiane Loubier

FOLLE AVOINE

Publié le par christiane loubier

L’histoire est un pré

On a bien tout fauché

On a bien tout tassé

Au grenier de la mémoire

Les granges se noient dans les blés

 

Je ne veux rien oublier


Les bras des ouvreurs de chemin

La vaillance des chevaux

Les maisons blanchies à la chaux

La rivière Famine

Le visage du semeur

La vie frappée au fer

 

Les baïonnettes mystérieuses

Les nuits incendiées

La race au gibet

Les clochers de l’échafaud

L’oubli de l’offense

Le sang trop vite essuyé

 

La misère à carreaux

Les bretelles sans fusil

Les fronts silencieux

La soumission héréditaire

Les chapeaux de feutre

Sur la tête des hommes

 

Je ne veux rien oublier

 

L’égoïne chantante

Les montagnes coupées

Le bois à vendre debout

L’oiseau derrière la vitre

Les couvertures à pointes folles

Et toutes ces choses qui s’envolent

 

Les faucons tournant au-dessus du fleuve

Les cierges contre l’orage

La poule donnée au diable

Le ciel de la chasse-galerie

La mélancolie de l’accordéon

 

L’hiver qui tombe du ciel

Les glissades sur la pelle

Les miettes sur la neige

Le temps échappé

Le manque de jour

Le manque tout court

 

Je ne veux rien oublier

 

J’habite une légende

Dont je ne connais plus la langue

L’alouette renonce à sa colère

Mais je regarde toujours le feu

Je ne veux rien oublier

Du soleil rose et jaune

Qui se lève à l’est

À tous les étages du gâteau de la noce

 

 

 

Christiane Loubier

JACQUERIE

Publié le par christiane loubier

Au printemps de l'année 1358, les paysans du nord de la France
cessèrent d'ensemencer leurs champs.


Hans Koning

cité dans Parfaits dommages et autres achèvements, Pierre Peuchmaurd