LES FOINS SONT FAITS...

Publié le par christiane loubier

Les foins sont faits.

Vide, le pré est devenu un
sentier inextricable.

Je renonce à résoudre une
énigme qui vient à la faveur
de l'herbe fauchée.


 
 
François Jacqmin
Les saisons, Labor, 1988

LA CHANSON DE MAGLIA

Publié le par christiane loubier

Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
À vous la splendeur de rayons baignée;
À moi la poussière, à moi l'araignée.
Vous êtes bien belle et je suis bien laid ;
Soyez la fenêtre et moi le volet.

Nous réglerons tout dans notre réduit.
Je protégerai ta vitre qui tremble;
Nous serons heureux, nous serons ensemble;
Nous réglerons tout dans notre réduit;
Tu feras le jour, je ferai la nuit.

 

 

Victor Hugo
Toute la lyre, XXIII, Chansons (VI)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

             Victor Hugo par Auguste Rodin, dessin dédicacé à son ami Edmond Bazire

 

 

 

 

 

 

 

 

LES LUCIOLES

Publié le par christiane loubier

Heureuses
Dans vos billes chauffées à blanc
Échappées belles
Des fournaises du ciel

Vous êtes la part du feu
Pour l'appel de nos yeux
Chercheurs d’étoiles
Dans la terre qui a mangé
Tous nos scintillements de vermisseaux
 
 
 
Christiane Loubier
 

MON DESTIN EST PEUT-ÊTRE...

Publié le par christiane loubier

Mon destin est peut-être, de toute éternité, d'être comptable, et la poésie
ou la littérature ne sont peut-être qu'un papillon venant se poser sur 
mon front, et qui me rend d'autant plus ridicule que sa beauté est plus éclatante.
 
 

 

 
 
 
 
 
Fernando Pessoa
L'intranquillité
Source du dessin : http://fernando-pessoa.com/rubrique.php3?id_rubrique=1
 

LE MOMENT LE PLUS DOUX...

Publié le par christiane loubier

Le moment le plus doux
fut l'attente du bus, les tables
du petit café étant à l'ombre
des arbres du square où la brise
de mer se coulait insidieusement
et là je bus un café frappé
avant de quitter Gythion, qui ne me réserva
guère que ce plaisir éphémère
- mais n'est-ce pas l'estampille du plaisir ?
 
 
 
Paul de Roux
Allers et retours (Extrait), Gallimard, 2002

LA MALENDURANCE

Publié le par christiane loubier

Où sont nos villages debout
Qu’avons-nous fait de nos maisons de pierre
Et de nos hivers bout à bout
Le silence des statues est pesant de mémoire

Sur le chemin d’allégeance
Nous avons cousu les lèvres de nos épouvantails
Et laissé tomber semences et bétail

Bien pire que l’offense
Encore plus que les doutes
La souvenance en déroute

Avec la plume acérée
La hache et le vieux fusil du temps
Nous avons enterré les armes depuis longtemps

Les enfants de la colère ne savent plus rien
Des raisons de la malendurance
Ruines pour hier pour l'avenir
Miroir du temps révolu
Miroir des jours à venir

Allumez vos petites lampes
Il fait nuit noire
Dans le réduit de l’histoire
 
 
 
Christiane Loubier