ON DIRAIT, MA PAROLE,...

Publié le par christiane loubier

O dirait, ma parole,
Qu'on est enfermé.
 
Et pourtant,
On fait bien ce qu'on veut
Ou à peu près.
 
Alors, enfermés,
Mais par qui, bon Dieu?
 
 
 
Eugène Guillevic
Les chansons d'Antonin Blond
Pierre Seghers, Paris, 1949

LEÇON DE TÉNÈBRES VIII

Publié le par christiane loubier

Il fait nuit
Dans le livre des heures
 
Enfermé dans le glacial avril
Le ciel feint le silence
 
Il attend que les croix se couchent
Sur les ombres d'avant le jour
 
 
Christiane Loubier

LE POÈTE NE FAIT PAS CE QU'IL VEUT

Publié le par christiane loubier

Le poète ne fait pas ce qu'il veut : Il croit parler
de la femme qu'il aime, Il parle des oiseaux.
 
 
Paul Éluard
cité par Georges Mounin
(Plaisir au poème)

JE VOUS RENVOIE LA LETTRE...

Publié le par christiane loubier

 
Je vous renvoie
la lettre de l'oiseau bleu, qui ne m'était pas destinée.
[...]
les oiseaux et moi
nous nous intéressons à la beauté des mots, des ombres,
mais nous ne pourrions prendre
la responsabilité d'un grand bonheur constant et bleu.
 
 
 
Marie-Claire Bancquart
dans
Marie-Claire Bancquart
Terre énergumène et autres poèmes
Gallimard, Poésie, 2019

JE SUIS UN FILS DÉCHU...

Publié le par christiane loubier

Je suis un fils déchu de race surhumaine,
Race de violents, de forts, de hasardeux,
Et j’ai le mal du pays neuf, que je tiens d’eux,
Quand viennent les jours gris que septembre ramène.

Tout le passé brutal de ces coureurs des bois :
Chasseurs, trappeurs, scieurs de long, flotteurs de cages,
Marchands aventuriers ou travailleurs à gages,
M’ordonne d’émigrer par en haut pour cinq mois.

Et je rêve d’aller comme allaient les ancêtres;
J’entends pleurer en moi les grands espaces blancs,
Qu’ils parcouraient, nimbés de souffles d’ouragans,
Et j’abhorre comme eux la contrainte des maîtres.

Quand s’abattait sur eux l’orage des fléaux,
Ils maudissaient le val, ils maudissaient la plaine,
Ils maudissaient les loups qui les privaient de laine :
Leurs malédictions engourdissaient leurs maux.

Mais quand le souvenir de l’épouse lointaine
Secouait brusquement les sites devant eux,
Du revers de leur manche, ils s’essuyaient les yeux
Et leur bouche entonnait : "À la claire fontaine"…

Ils l’ont si bien redite aux échos des forêts,
Cette chanson naïve où le rossignol chante,
Sur la plus haute branche, une chanson touchante,
Qu’elle se mêle à mes pensers les plus secrets :

Si je courbe le dos sous d’invisibles charges,
Dans l’âcre brouhaha de départs oppressants,
Et si, devant l’obstacle ou le lien, je sens
Le frisson batailleur qui crispait leurs poings larges;

Si d’eux, qui n’ont jamais connu le désespoir,
Qui sont morts en rêvant d’asservir la nature,
Je tiens ce maladif instinct de l’aventure,
Dont je suis quelquefois tout envoûté, le soir;

Par nos ans sans vigueur, je suis comme le hêtre
Dont la sève a tari sans qu’il soit dépouillé,
Et c’est de désirs morts que je suis enfeuillé,
Quand je rêve d’aller comme allait mon ancêtre;

Mais les mots indistincts que profère ma voix
Sont encore : un rosier, une source, un branchage,
Un chêne, un rossignol parmi le clair feuillage,
Et comme au temps de mon aïeul, coureur des bois,

Ma joie ou ma douleur chante le paysage.

 

Alfred DesRochers, "Liminaire",
extrait du recueil À l’ombre de l’Orford, 1929.
Source : https://www.usherbrooke.ca/liaison_vol29-37/vol36/04/liens/poesie.htm

Source : https://www.usherbrooke.ca/liaison_vol29-37/vol36/04/liens/poesie.htm

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