ABEILLE

Publié le par christiane loubier

Je te regarde,
Abeille.
 
C'est encore
La première fois
 
Et c'est comme si
Tu berçais le monde.
 
 
Guillevic
L'Abeille, Estérel, 1979

LES MIETTES DU BONHEUR...

Publié le par christiane loubier

X
 
Les miettes du bonheur en gros pain de ménage
       feraient bien de son propre aveu
à la table du fol l'ordinaire du sage
      mais est-on sage comme on veut?
 
Si je l'étais je saisirais par les cheveux
la fortune de vivre ici sans plus de voeux
        dans mon jardin clos à l'image
        de la chanson du Moyen Age [...]
 
 
 
Luc Estang
D'une nuit noire et blanche
Gallimard, 1962

TEMPS SEC

Publié le par christiane loubier

Il te brûle le désert

L’éclat de la solitude

Si dur si sec

À quoi ça sert le désert

 

C’est là où retombe

Toute la poussière du monde

 

 

 

Christiane Loubier

 

BELLE DE NUIT

Publié le par christiane loubier

Une fleur de nuit
Meurt d'avoir vu le jour
Entre son ombre et son silence
L'oiseau referme son vol

 

Christiane Loubier

 

 

 

 
 
    Belle de nuit (Mirabilis jalapa).  Source :
                 https://commons.wikimedia.org/wiki/File%3A2006-10-18Mirabilis_jalapa08.jpg
  

DANS UN LIT

Publié le par christiane loubier

Elle est née d’une lumière orpheline
Son cœur a pris froid
Dans la poussière des jours
 
Chaque heure accroît d’un ton son silence
Ses bras se ferment dans la fatigue de juin
Sur un printemps comme tant d’autres
 
 
 
Christiane Loubier

1486

Publié le par christiane loubier

Selon mon père, il était nécessaire de prévoir ce qui allait arriver, ce qui avait peu de chance d’advenir, ce qui n’arriverait jamais, etc. Il ajoutait qu’il était tout aussi important de se garder de prévoir quoi que ce soit, puis de faire la synthèse de l’ensemble afin de se tenir prêt sans être préparé.

Par bonheur, ma mère aimait la pluie. « Allons plutôt marcher », me disait-elle. Sur son chapeau noir à larges bords rebondissaient violemment les gouttelettes, et se formait autour d’elle un intense brouillard. Malgré tout, ses yeux restaient grands ouverts, comme toujours, et à peine plus humides qu’en temps normal. Nous avancions en forêt à la recherche d’un vent plus fort, de cascades et d’animaux bondissant à travers tout.

J’ai conservé d’elle cette façon d’aborder avec plaisir les endroits impraticables. Quand le ciel s’assombrit, et alors que la plupart des hommes se calfeutrent chez eux, je prends mon chapeau et je vais à la recherche de ces lieux inaccessibles où je serai débordé par des éléments incontrôlables, où se développe l’harmonie entre la folie brute et la sauvagerie, où tout est violence et vitalité chaotique, avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment.

(1486)
 
Le Marquis de l'Orée
24 juin 2017
Photo : David-Lazar-Deep-Forest

 

 

 

 

http://lemarquisdeloree.blogspot.ca/

 

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