SI JE POUVAIS SAISIR UN PETIT RIEN...

Publié le par christiane loubier

Si je pouvais saisir un petit rien
un morceau du rien
toutes choses viendraient à moi
elles qui dansent
dans son étoffe

Si je pouvais 
mordre les choses dans leur plein
je connaîtrais le goût profond du monde

indécise
je me tiens droite au moins

entre mes lèvres
un début de motet
pour fondre la neige
traverser de rythmes la terre…

On entend du temps battre
comme une promesse de vie dans un œuf.
 
 

Marie-Claire Bancquart
Mots de passe, Le castor astral, 2014 

L'OUVRIER DES SONGES

Publié le par christiane loubier


Le ronflement du rabot éveille le pin blanc
et l’artisan dès le matin
modèle sa journée de bois tendre
 
tout à l’heure il fera la pause
ses épaules ne suffisant plus à la peine
et oubliera au sol la jonchée de boucles blondes
la mouture du café mêlera son odeur
à celle du bois neuf
 

il causera avec le voisin de la saison morte
et des enfants partis à la ville
dont aucun n’a voulu de la connivence du bois
q
ui rend si doux les hommes
et bienveillants
 
la chaise réparée à bout de gestes lents
sera la victoire de la matinée
 
ainsi sera conquise la clémence du temps.
 
 
 
© G. Dion

BOIS DEBOUT

Publié le par christiane loubier

BOIS DEBOUT

 

 

                                                                Poésie verticale

 

                                                                Sur blancheur raturée

 

                                                                Poèmes en bois debout

 

 

                                                                                Christiane Loubier

 

 

 

 

 

Photo : Petit bois, Cap Tourmente (Québec)

L'ÉCHARPE

Publié le par christiane loubier

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce souvenir de soie
Qui se souvient de nous
Ce n'est pas qu'il fasse froid
Le fond de l'air est doux
C'est qu'encore une fois
J'ai voulu comme un fou
Me souvenir de toi
De tes doigts sur mon cou
Me souvenir de nous
Quand on se disait vous

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce sourire de soie
Qui sourit comme nous
Sourions autrefois
Quand on se disait vous
En regardant le soir
Tomber sur nos genoux
C'est encore une fois
J'ai voulu revoir
Comment tombe le soir
Quand on s'aime à genoux

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Ce soupir de soie
Qui soupire après nous
C'n'est pas pour que tu voies
Comme je m'ennuie sans toi
C'est qu'il y a toujours
L'empreinte sur mon cou
L'empreinte de tes doigts
De tes doigts qui se nouent
L'empreinte de ce jour
Où les doigts se dénouent

Si je porte à mon cou
En souvenir de toi
Cette écharpe de soie
Que tu portais chez nous
Ce n'est pas qu'il fasse froid
Le fond de l'air est doux
Ce n'est pas qu'il fasse froid
Le fond de l'air est doux.
 
 

Maurice Fanon (paroles et musique)

 

Chanté ici par Félix Leclerc

 

 
 
 

EN MOUCHOIRS

Publié le par christiane loubier

La neige qui tombe
Blanche en silence
Ne sait rien
De nos terres brûlées
Par le froid
De nos lèvres soudées
Par le gel
De nos miroirs
Volés en éclats de givre

La neige qui tombe
Blanche en mouchoirs
Ne peut pas nous consoler
Des pires naufrages
Encore bien moins
Des faux plis de l’âge

La neige qui tombe
Blanche en silence
Ne sait rien des ombres
Ni du vent sur les tombes
 
 
 
Christiane Loubier

LABYRINTHE

Publié le par christiane loubier

 

 

 

 

 

Philippe Chabaneix
Poème reproduit dans 
Philippe Chabaneix, Poètes d'aujourd'hui, Pierre Seghers
 

À QUOI BON...

Publié le par christiane loubier

Mercredi 3 septembre
 
 
À quoi bon écrire ? La vie est une cage de mots vides.
 
 
 
Edward le Hamster
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
         

 

   
Le journal d'Edward, hamster nihiliste
1990-1990
Transcrit du langage Hamster par
Miriam Elia et Ezra Elia
Traduit de l'anglais par Rose Labourie
 
   

 

LES LATTES DU PARQUET...

Publié le par christiane loubier

Les lattes du parquet
si diverses
courbes et veines :
il y eut un temps pour la croissance
pour l'arbre abattu, la découpe,
l'assemblage, la cire.

Désormais très peu songent à une forêt
ou à l'odeur des menuiseries alentour
quand ils marchent sur ces lattes avec leurs soucis
ou qu'ils vont, pieds nus, vers l'amour, le voyage.

 


Marie-Claire Bancquart
Terre énergumène
Le Castor Astral, 2009
 

PASSER L'HIVER

Publié le par christiane loubier

J'aurai encore laissé passer l'hiver
Sans refaire la charpente mangée aux vers
Et ni enfin écrire cette lettre
Sur l'amour, sur le vide rongeant l'être

J'aurai aimé mal, très, toutes mes femmes
Mal entretenu tous mes feux et flammes
Je n'aurai pas vu le mot sous la porte
Mais j'aurai hurlé dans des sonos mortes

J'aurai mal parlé pour mes espérances
Dépensé tout le bien de mes parents
Dans toutes les danses perdu mon pas
Fait le coup de poing où il fallait pas

J'aurai convoqué les mots et les dieux
Sans retenir l'eau crevant le barrage
Ni les poissons d'or sautant dans tes yeux
Ni la silhouette avec son bagage

J'aurai attendu longtemps l'aube et l'homme
Puis je me serai endormi trop tôt
Quand j'étais peut-être l'aube et cet homme
J'ai froid dans mon manteau

La nuit se dévide et le soleil fond
Et j'aurai laissé courir sur son aire
Le beau bateau. Il est échoué sur les hauts-fonds
De tes yeux, ton silence, ton désert !

J'aurai laissé mon fils comme un voleur
Fuir par la porte étroite sous mon coeur
S'en alla chercher une balle au front
Mon petit combattant, ma ressemblance...

J'aurai toujours pris la vie de très haut
Et sans avoir pas trahi père et mère
J'aurai laissé par le carreau cassé entrer l'hiver
J'aurai laissé mourir de froid tous mes oiseaux
 
 
Jacques Bertin
 
Plain-chant pleine page, Poèmes et chansons 1968-1992
Poème mis en musique et chanté par l'auteur
 
 

 

CIEL DE CHANDELEUR

Publié le par christiane loubier

Dans la nuit de neige
Sous un ciel de Chandeleur
Les ombres tombées
Tournent au bleu

Dans la chambre fermée
En sa lueur de chandelle
Elle attend une lumière
Qui fera rouvrir
Son étui de coléoptère

Dans les fleurs des rideaux
Filtrent les feux
De la Grande et de la Petite Ourse
 
 
 
Christiane Loubier