L'ARBRE

Publié le par christiane loubier

L’arbre ne voyage pas
Il pousse
 
Il se soucie peu
Du tendre de son aubier
Il ne pense pas
Aux blessures de ses bras
Il monte
Il se hisse à la hauteur
De son ciel en couleur
 
Comme nous ne lui ressemblons pas
Chaque cicatrice nous replie
Dans nos plis sous l’écorce
Nous courbe
Un peu plus près de l’ombre
Un peu plus bas vers la terre
 
La terre berceau
La terre tombeau
 
 
 
Christiane Loubier

PORTÉS PÂLES

Publié le par christiane loubier

Tatoués à la hanche
Comme des troupeaux
Qui broutent l'ennui
Nous sommes portés pâles
Dans la nuit
 
Encore une fois
Nous n'avons rien vu
Au matin rien su
Du vêtement des ténèbres
Plié à nos genoux
 
 
 
Christiane Loubier

POUSSIÈRE D'OUBLI

Publié le par christiane loubier

  

Ce que j’ai vu, je l’ai écrit
comme la pluie sur les vitres
et les larmes des roses, et tout
ce que j’ai oublié demeure

là, dans ce grand sac de voyelles
posé contre le pied de la table
où le temps passe entre ma vie
et moi sans blesser personne.

Quand plus rien ne chante au-dehors
je puise dans le sac et sème
sur la page un peu de poussière
d’oubli et le jour paraît comme

un musicien qui tend son chapeau.

 

Guy Gofette
Petits riens pour jours absolus

                                       Guy Goffette © Jean-Luc Bertini

 

 

 

LÀ OÙ TOUT COMMENCE

Publié le par christiane loubier

Pourquoi imaginer le bout du monde
Plutôt rêver du point où tout commence
Où tout nous ramène au centre
À la première couvée d’oiseaux
 
 
Christiane Loubier

L'OISELEUR

Publié le par christiane loubier

Quand l'oiseleur fut pris au piège,
On entendit l'oiseau prier,
Prier longuement dans la neige
Pour que l'homme fut libéré.

Quand l'oiseleur en liberté
Eut saisi l'oiseau dans le piège,
On entendit l'homme chanter
En tuant l'oiseau dans la neige.

 

Maurice Carême

Nonante-neuf poèmes,
Entre deux mondes (1970)
 

 

 

Illustration: Mathilde Loiseleur
[https://www.journaldepapageno.fr/index.php/]

 

 

 

EMILY

Publié le par christiane loubier

Emily voit le ciel tourné sur lui-même
comme un couvercle de pot de confitures aux bleuets.
Le bleu coule le long de ses bras et sur sa poitrine,
jusque dans la petite boîte de son cœur
Plus tard, elle écrira des poèmes qu'elle cachera
entre les pages des jours comme des feuilles d'automne.

Elle ne va jamais au village mais elle porte la Terre
comme une robe de soirée.
Elle sait tout et tout la sait.

Patrice Desbiens

Source : http://lafreniere.over-blog.net/

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