COMPLAINTE DU LÉZARD AMOUREUX

Publié le par christiane loubier

Complainte-du-Lezard-amoureux

N’égraine pas le tournesol,

Tes cyprès auraient de la peine,

Chardonneret, reprend ton vol

Et reviens à ton nid de laine.


Tu n’es pas un caillou du ciel

Pour que le vent te tienne quitte,

Oiseau rural ; l’arc-en ciel

S’unifie dans la marguerite.


L’homme fusille, cache-toi ;

Le tournesol est son complice.

Seules les herbes sont pour toi,

Les herbes des champs qui plissent.


Le serpent ne te connaît pas,

Et la sauterelle est bougonne ;

La taupe, elle, n’y voit pas ;

Le papillon ne hait personne.


Il est midi, chardonneret.

Le séneçon est là qui brille.

Attarde-toi, va sans danger :

L’homme est rentré dans sa famille !


L’écho de ce pays est sûr.

J’observe, je suis bon prophète ;

Je vois tout de mon petit mur,

Même tituber la chouette.


Qui, mieux qu’un lézard amoureux,

peut dire des secrets terrestres ?

Ô léger gentil roi des cieux,

Que n’as-tu ton nid dans ma pierre !


Dessins de Joan Miro sur le poème de René Char

René Char (1947- Les matinaux)
Le texte a été mis en musique et chanté par Julos Beaucarne

L'HEURE DES COMPTES

Publié le par christiane loubier

Dans ce pays

À la lumière trop courte

Aux dimanches trop lents

On compte à longueur d’année


Mois de neige

Soirs d’été

Soleils qui reculent

Feuilles qui s’envolent

Que du temps à soustraire


On compte sur les doigts

Les fleurs immortelles

Les oiseaux libres

Les eaux folles

Pure addition d’écolier


Les disparus se dénombrent

Les grands arbres

Les montagnes immuables

Les étoiles défuntes

Les places vides à la table

Les granges et les étables


Pays détenu

Existence chiffrée

L’aliénation se compte

Morts et chuchotements

Fatras trépas

Le tocsin de la soumission


Tout recommencer

Démailler remailler

Fermer le livre des peurs

Rouvrir l’herbier

À la première fleur


Trouver le pendule caché

Qui cassera l’heure des comptes

 

 

Christiane Loubier

L'AMOUR COTON

Publié le par christiane loubier

Maintenant

Je m’endors de bonne heure

Sans eau

Sans bruit

Je me passe de lampe

De bougie


Maintenant

Je m’endors devant le feu

Le feu comme celui

Qu’allumait ma mère

Ma mère couturière

À chaque aurore de l’hiver


Maintenant

Je m’endors devant le feu

Le feu sans âge

Le feu sans pardon

Avec mon amour

Dans mon ventre

De coton

D’abandon


Ma mère

Ma mère couturière

M’avait bien dit

L’amour

C’est rien que du fil de couleur

Du coton à broder la douleur

Dans la vie qui éteint ses lampes

Une à une pour la nuit

 

 

 

Christiane Loubier

 

PLACE FORTE

Publié le par christiane loubier

ChateauBoulbon-788006

 

Dans nos murs

La faim n’est jamais immense

Les départs jamais grands

Les adieux jamais près des cieux


Hors les murs

C’est encore les murs

Falaise contre la mer

Cap contre la bonne espérance

Et les cloîtres dressés contre les amants


Haut mur

Avant l’éternité

 


Chateau Boulbon

Christiane Loubier
Poème publié dans Bordures du champ secret


 

IL FAUT QUE LE COEUR...

Publié le par christiane loubier

images 

Il faut que le coeur se brise

ou se bronze. Le mien s'est

métallisé au creuset

des saisons. Grimace apprise

larmes qui coulez en paix,

à d'autres ! Je me repais

de douleurs plus raffinées.

L'art de souffrir, science innée,

me fut au berceau tendu [...]

 

  Liliane Wouters, Le gel, Seghers

LA TOURTERELLE TRISTE

Publié le par christiane loubier


La voilà

Elle descend

La fraîcheur du soir


Sur son silence

Le foin se repose

Parfois on entend

Une tourterelle triste


J’aime cette heure

Où la douleur rapetisse

 

 

 

Christiane Loubier