MARS À L'ÉTABLE

Publié le par christiane loubier

Assez du sombre et du triste, de la litière

qui pue le rance et de l'oubli, assez

du vent qui siffle par-desssous la porte

comme un serpent :

 

nous voulons vivre dans le vert et mettre

le ciel à nos cornes comme un ruban

de fêtes. Le lait du cachot est amer

et nous remonte à la gorge.

 

Comme un fleuve trop longtemps tenu

en laisse, nous pousserons devant nous

les collines têtues et, l'ivresse aux tempes,

ayant bu, crié à tous vents,

 

nous regarderons les hommes, droit dans les yeux.

 

Guy Goffette,

L'échiquier des jours dans Éloge pour une cuisine de province

FATIGUE DE MARS

Publié le par christiane loubier

Quelque chose de l'éclair

Jaillit des écorces

C'est une joie haute

À cause du gel


La neige tombe toujours

Et je songeais


La lumière est dans un tiroir

trop profond de la nuit des jours


Le bonheur nous arrive

Toujours à l'envers des songes 

Lavés par la sève

Des amours éclatées par le froid

 

Christiane Loubier

LE TRÉBUCHET

Publié le par christiane loubier

On naît tous porteurs

D’un oiseau captif

Un trébuchet au cœur

Une cage de verre

Prête à éclater

Au moindre coup de heurtoir

 

Christiane Loubier

IL Y A DES JARDINS...

Publié le par christiane loubier

 

  schehadé jardins-copie-1

 

                                            II

 

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays

Et qui sont seuls avec l'eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids

 

Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.


Georges Schehadé 

 Poésies II, 1948

LA CAGE VIDE

Publié le par christiane loubier

J'ai raté

le livre de ma vie

une nuit

qu'on avait oublié

de mettre un crayon taillé

à côté de mon lit

 

Lise Deharme

Cahier de curieuse personne