LE TEMPS N'EST PLUS...

Publié le par christiane loubier

 

libbrecht

 

 

II

 

Le temps n’est plus mon pré-au-loup

des aventures forestières

laissons dormir les sapinières

la légende et le Prince roux.


Déchaux, fi ! de souliers à clous

s’en est allé le fesse-lièvre

et les gars des amours trémières

braconnèrent les rendez-vous.


N’est pas garde-chasse qui veut

et, de la plume à son fusil,

le poète fait ce qu’il peut :

la biche en parle à son mari.

 


Sur la couverture : Chasse au cerf près d'une mare
Gravure de Aegidius Sadeler, d'après Savery Roelandt, peintre flamand, 16e siècle

Géo Libbrecht (1891-1976) , Bellefontaine

L'AMOUR QUI N'OSE PAS

Publié le par christiane loubier

L'amour qui n'ose pas entrer

Car à la porte

Un cheval imprévu est attaché

Qui contemple son désespoir

 

Emily Dickinson (1830-1886)

LA FLEUR ROUGE

Publié le par christiane loubier

 

Cadou Hélène2 1

À la place du ciel

Je mettrai son visage

Les oiseaux ne seront

Même pas étonnés


Et le jour se levant

Très haut dans ses prunelles

On dira « le printemps

Est plus tôt cette année »


Beaux yeux belle saison

Viviers de lampes claires

Jardins qui reculez

Sans cesse l'horizon


On fait déjà les foins

Le long de ses paupières

Les animaux peureux

Viennent à la maison


Je n'ai jamais reçu

Tant d'amis à ma table

Il en vient chaque jour

De nouvelles étables


L'un apportant sa faim

Un autre la douleur

Nous partageons le peu

Qui reste tous en choeur

Qu'un enfant attardé

Passe la porte ouverte

Et devinant la joie

Demande à me parler


Pour le mener vers moi

Deux mains se sont offertes

Si bien qu'il a déjà

Plus qu'il ne désirait


La chambre est encombrée

De rivières sauvages

Dans le foyer s'envole

Une épaisse forêt


Et la route qui tient

En laisse les villages

Traîne sa meute d'or

Jusque sous les volets

 
Tous les fruits merveilleux

Tintent sur son épaule

Son sang est sur ma bouche

Une flûte enchantée


Je lui donne le nom

De ma première enfance

De la première fleur

Et du premier été.

 

 

 

René Guy Cadou,
Hélène ou le règne végétal

 

 

 

À écouter le poème en chanson par Jacques Douai :
http://www.musicme.com/Jacques-Douai/albums/
Heritage---Tu-Sais,-Je-Sais...---Bam-(1979)-0600753109809.html?play=04            

 

 

GALANT CRÉPUSCULE

Publié le par christiane loubier

 

Je ne suis pas comme ces oiseaux

Qui vont dormir dans les arbres

Je n’ai pas d’ailes

Je ne vole pas

Je veille

 

Je veille au centre

Entre les parois

À lumière fendre

Je ne suis pas morte

Je suis couchée

Et je m’endors

Entre la fable et la fête


 

Christiane Loubier

ARROSE LES FLEURS

Publié le par christiane loubier

J’ai reçu ce matin la lettre où tu m’écris

De prendre soin de moi et je t’en remercie

Que tu vas me reviendre et tout ça et qu’on s’aime

« Et arrose les fleurs une fois par semaine »
 

Mon amour, je te jure, les fleurs, je les fais boire

Ensemble on est pétés, tu pourrais pas le croire

Je re-siffle ces mots « Je suis partie sans haine

Mais arrose les fleurs une fois par semaine »

À quoi me sert, sans toi, de me priver de clopes

Ou d’un Saint-Emilion? J’ai sur moi l’enveloppe

Où ta main a tracé « Je rentre sous huitaine

Mais arrose les fleurs une fois par semaine »


Avec toi, j’ai appris à parler végétal

Et je compte les jours comme autant de pétales

Je relis ton courrier et c’est pas un problème

Sauf d’arroser les fleurs une fois par semaine

 

J’ai reçu ce matin la lettre où tu m’écris

De prendre soin de moi et je t’en remercie

J’imagine un jardin où nos pas se promènent

En arrosant les fleurs une fois par semaine.


Allain Leprest

 

 

TU LIS UN LIVRE...

Publié le par christiane loubier

schéhadé-portrait

VII

Tu lis un livre plus lourd que tes mains

Dans ce jardin plaintif où se divise une tourterelle

L'ombre s'envolant avec elle

 


Portrait de Georges Schehadé par Ferdinand Desnos, vers 1960 Georges Schehadé, Le nageur d'un seul amour, Gallimard