LE RENIEMENT

Publié le par christiane loubier

Il pleut sur avril
L’hiver est tout trempe
La saison se défile

Il pleut des cordes
Le coq chante miséricorde
Le ciel refuse son pardon
 
 
 
Christiane Loubier

 

LA DÉBÂCLE

Publié le par christiane loubier

 
Dans ce pays froid
On vit avec le fleuve
Lacs et rivières
Charriant la peine
Avec la lumière
Faisant brûler l'automne
Avant la glace
Et chavirer l'hiver
À chaque printemps
 
C'est le plus que nous pouvons supporter
 

 

 
Christiane Loubier

 

 

 

La rivière Chaudière, hier, Sainte-Marie (Beauce)

 
 

 

GOLGOTHA

Publié le par christiane loubier

Jésus le crucifix au mur de la bouchère
Prenait-il en pitié les viandes passagères
Dans ce matin fidèle au raffut des chalands
Chuchoteurs que les rôts de veau fussent bien blancs
Et l'entrecôte mieux fissurée à la graisse,
Partant plus tendre. Un peu c'était comme à confesse,
O seigneur ; le saignant les rapproche de toi,
La dame carnassière et le monsieur qui tance.
Or, le boucher, tirant de la grande potence
Un gigot qui pendait assez proche la croix,
Frôla de lui le flanc douloureux du dieu triste
Et le sang du mouton rougit le corps du Christ.
 
 
 
Géo Norge
 
La langue verte
Gallimard, 1954

SOUVIENS-TOI D'OUBLIER

Publié le par christiane loubier

[...]
Cassé le sablier
Il a mauvaise mémoire
Mon âme est dans l'armoire
Sous votre tablier.
 
 
 
Gilles Vigneault

 

 
 
 
 

 

 

 

 

 
 
Souviens-toi d'oublier (extrait)
Tam ti delam, éditions de L'ARC
Québec, 1967
 
Source : détail reproduit à partir d'une image du site :
Les Éditions du Boréal http://www.editionsboreal.qc.ca/gilles-vigneault-les-ecrits/

IL PLEUT SUR LA MER

Publié le par christiane loubier

Il pleut sur la mer, et ça sert à rien
Qu'à noyer debout le gardien du phare
Le phare, y a beau temps qu'il a plus d'gardien
Tout est électrique, il peut bien pleuvoir
Aujourd'hui dimanche
Sur la Manche

Il pleut sur la mer, c'est bien inutile
Ca mouille la pluie, c'est du temps perdu
Les mouettes s'ennuient, blotties sous les tuiles
Il tombe des cordes et l'eau s'est pendue
Aux plus hautes branches
De la Manche

Il pleut sur la mer et ça sert à rien
A rien et à rien, mais quoi sert à quoi ?
Les cieux, c'est leur droit d'avoir du chagrin
Des nuages indiens vident leur carquois
C'est l'été comanche
Sur la Manche

Il pleut sur la mer, et c'est imbécile
A croire que la mer se pisse dessus
Saborde ses ports, ses cargos, ses îles
T'as l'air d'un moineau sur mon pardessus
D'une corneille blanche
Sur ma Manche

Il pleut sur la mer et ça nous ressemble
De l'eau dans de l'eau, c'est nous tout crachés
Et nos yeux fondus au fond de septembre
Regardent rouler des larmes gâchées
Curieuse avalanche
Sur la Manche

Il pleut sur la mer, c'est con comme la pluie
Peut-être c'est nous qui sommes à l'envers
L'amour a des noeuds plein sa mise en plis
Ca nous fait marrer, il pleut sur la mer
Aujourd'hui dimanche
Sur la Manche...
 
 
Allain Leprest
 
 
 

PRINTEMPS DES PARULINES

Publié le par christiane loubier

J’attends le printemps
 
Pas les primevères
Quand c’est encore l’hiver
Pas le muguet
Trop discret

Pas le nid 
Laissé à l’oiseau
Pas le bourgeon 
Laissé à ses promesses

Mais l’écorce sur le cœur
La feuille sous la fleur
Avant le fruit

J’attends le vrai printemps
Le printemps des parulines masquées
 
 
 
Christiane Loubier
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Paruline masquée
Réserve naturelle des Marais-du-Nord, Québec, Canada
Source : http://commons.wikimedia.org/wiki/File%3AGeothlypis_trichas_MN.jpg



 

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