246 articles avec anthologie

LES BLÉS...

Publié le par christiane loubier

Les blés avaient gardé
La mémoire du vent
 
Quand la moissonneuse
Les empoigna.
 
 
 
Eugène Guillevic
Timbres, Écrits des Forges
 

LA NUIT FERME SI MAL...

Publié le par christiane loubier

La nuit ferme si mal en juin
qu'il nous suffirait de nous taire
pour que l'arbre de nos mains
se remplisse d'étoiles
 
 
 
Guy Goffette
Le poids de la terre, dans Solo d'ombres

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 17/19

Publié le par christiane loubier

 
 
Fille du jardinier, femme du jardinier, mère du jardinier,
elle se penche vers la terre. Elle récolte les haricots de l’été,
a posé un carton d’emballage, un petit carton entre deux
rangées. Boîte qui a voyagé dans les camions, sur les
autoroutes anonymes, boîte récupérée à la sortie du
supermarché. Les haricots humides de rosée mouillent le
fond du carton, s’entassent petit à petit, avec un doux bruit
de chute. La main véloce parcourt le rang, soulève les
feuilles, écarte les prêles, arrache un laiteron. Les doigts
pincent les pédoncules. Les haricots rassemblés dans l’autre
main tombent en groupe dans le carton. Leur destination
finale, la toile cirée sur la table de la cuisine, l’équeutage de
leurs extrémités, le bain d’eau froide dans l’évier blanc
émaillé, le bain de vapeur, la cuisson, le blanchissage des
promis au congélateur, empaquetés dans le film plastique.
La fin des haricots.
 
  
Lucien Suel
http://academie23.blogspot.ca/search?q=LES+haricots

 

 
Photo : Josiane Suel

 

UN VERROU...

Publié le par christiane loubier

Un verrou qu'on tire...
Un coq annonce la lune [...]
 
 
 
Robert Marteau
Royaumes, Une bergère fait le printemps

 
Coq en bois et tôle
Sculpteur : Patrick Lavallée (Cacouna, Bas-Saint-Laurent)

 

QUAND JE N'ÉTAIS PAS MORT

Publié le par christiane loubier

Quand je n'étais pas mort
j'allais de bon matin
balayer les ravines de l'ombre
maintenant poussière de poussière
je prends soin de mes ombres
 
 
 
Jacques Brault
Poèmes, Moments Fragiles
Éditions du Noroît

VISIONS D'UN JARDIN ORDINAIRE 6/19

Publié le par christiane loubier

Jetées sur le jardin, entortillées aux herbes, les longues
ramures ébranchées des saules. Leur peau avait bruni, elle
s’était soulevée par endroits, offrant l’abri aux cloportes,
cochons de saint Antoine, aux forficules, perce-oreilles.
Avec le printemps, le jardinier arrive. Il se penche sur elles,
fines branches mortes des saules. Il emporte dans ses bras,
le long fagot. Il les plante face à face, les incline l’une vers
l’autre. Alignées, redressées, les branches sont le tipi, le tipi

des haricots. Triangle isocèle, triangles isocèles pointés au
ciel. Les triangles sont réunis par la plus longue perche. A
l’horizontale, en hauteur, le jardinier les attache. Long
squelette vertébré de bois mort, c’est le grand tipi des
haricots à rames, la longue maison des haricots. Au pied de
chaque branche, ils sortent une crosse verte, poussent,
s’élancent en tournant au bout de leur tige, hélices vivantes.

 

 

 

Lucien Suel

http://academie23.blogspot.ca/2014_11_01_archive.html
 
 
 
 
 
 
Photo : Josiane Suel

 

TIGE

Publié le par christiane loubier

Verte mais sans mémoire
La fleur pour oreiller
Elle rêve au couchant
de jardins suspendus
 
 
 
Edmond Jabès
Le lien et les heures II

OUVERTURE

Publié le par christiane loubier

Le plus tôt levé est le merle :
à cinq heures je l'entends
dans la nuit et le froid
qui sévit encore en juin,
voix assurée, qui nous convie au jour
qui n'est pas levé encore
et dont il parle si éloquemment
que c'est en nous que la nuit vacille :
je me lèverai tôt ce matin.
 
 
Paul de Roux
Au jour le jour V. Carnets 2000-2005
 
 
 
 

Crédit photographique : © Éric Bégin

 

IMAGE DE L'OISEAU

Publié le par christiane loubier

Si l'oiseau tombe
il vole encore
sa chute est toujours envol
si l'homme tombe il vit encore
par sa chute et son vertige
son effondrement est encore un oiseau.
 
 
 
G. Dion

DU SILENCE

Publié le par christiane loubier

S’il a l’ouïe suffisamment sensible, le marcheur entend l’herbe pousser, 
les feuilles se déployer à la cime des arbres, les myrtilles murir et la
lente montée de la sève. Il sent à nouveau le tremblement léger
du temps que le bruit et l’urgence de faire recouvrent d’ordinaire.
Le silence est saisonnier. Dans nos contrées, il n’est pas le même
en janvier dans un champ enveloppé de neige ou en août dans
le bruissement de la multitude des insectes, l’explosion des fleurs
et des herbes brûlées par le soleil. Dans un même paysage jamais
le silence n’est égal d’un jour à l’autre.
 
 
 
David Le Breton
Marcher. Éloge des chemins et de la lenteur
 
Source : 
http://www.lua.it/files/2012/120617-LeBreton-fr.pdf
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Source :
http://editions-metailie.com/livre/
marcher-eloge-des-chemins-et-de-la-lenteur/

 

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