246 articles avec anthologie

IL Y A DES JARDINS...

Publié le par christiane loubier

 

  schehadé jardins-copie-1

 

                                            II

 

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays

Et qui sont seuls avec l'eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids

 

Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.


Georges Schehadé 

 Poésies II, 1948

LA CAGE VIDE

Publié le par christiane loubier

J'ai raté

le livre de ma vie

une nuit

qu'on avait oublié

de mettre un crayon taillé

à côté de mon lit

 

Lise Deharme

Cahier de curieuse personne

 

COMMUNE PRÉSENCE

Publié le par christiane loubier

Moulin6-2d1c6 version 2

II

Tu es pressé d'écrire

Comme si tu étais en retard sur la vie

S'il en est ainsi fais cortège à tes sources

Hâte-toi

Hâte-toi de transmettre

Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance

Effectivement tu es en retard sur la vie

La vie inexprimable

La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir

Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses

Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés

Au bout de combats sans merci

Hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière

Si tu rencontres la mort durant ton labeur

Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride

En t'inclinant

Si tu veux rire

Offre ta soumission

Jamais tes armes

Tu as été créé pour des moments peu communs

Modifie-toi disparais sans regret

Au gré de la rigueur suave

Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit

Sans interruption

Sans égarement

 

Essaime la poussière

Nul ne décèlera votre union.

 

René Char

Moulin premier, 1936
Image extraite de Le trousseau de Moulin Premier - 1937 

LE CIEL ET L’ENFER

Publié le par christiane loubier

Petite fille ton cerceau

Est l’anneau d’or du souvenir

À la marelle des oiseaux

Je t’attendrai pour revenir

 

Claude Roy

Poésies, 1970

ON NE BRISE PAS LE COEUR...

Publié le par christiane loubier

 

edickinson                                   

 

 

 

 

On ne brise pas le coeur avec un gourdin,

Non plus qu'avec une pierre;

Un fouet, éclair minime,

Je l'ai vu

Cingler l'être magique

Jusqu'à ce qu'il tombe;

Trop noble pourtant, pour dire

De ce  fouet le nom.

 

Magnanime est l'oiseau

Surpris par l'enfant

Qui chante la pierre

Dont il meurt.

 

Emily Dickinson

 

Couverture de la première édition des poèmes
d'Emily Dickinson
Traduction : René Char et Tina Jolas

 

 

QUAND LA NUIT...

Publié le par christiane loubier

Quand la nuit est brillamment éparpillée

Lorsque la pensée est intouchable

Je dis fleur de montagne pour dire

Solitude

Je dis liberté pour dire désespoir

Et je vais bûcheron de mes pas

Égarer les mensonges

Dans une forêt de bois

Pleine de justice et de romances


Georges Schehadé

Poésies II (1948)

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