À QUI DIRA-T-IL

Publié le par christiane loubier

À qui dira-t-il

Comme il aime le lierre

Qu'il en cherche au bois

Une grande épaisseur

Pour hiverner.

 

 

GuillevicTerraqué

L'INACHEVÉ

Publié le par christiane loubier

Il est juste qu’il neige

Sur nos lèvres cousues

En points de croix

 

Il aurait fallu le gros fil

L’aiguille et la main agile

Pour tenir assemblés les heures

Les jours et l’envers des jours

Pour comprendre le sens

De cette courtepointe recouvrant le pays

 

Depuis que nous tenons la lampe

Toutes nos mémoires 

N’ont jamais été bien cousues

Autrement nous aurions su

Que cette colère était aussi la nôtre

 

Nous aurions su 

Quelque chose de nous-mêmes

Dont nous cherchions partout

Des traces du jamais su

Qui a fait pleuvoir le soleil

Avec la taciturne fin

 

 

 

Christiane Loubier

L'ÉNIGME

Publié le par christiane loubier

Le vide que laisse novembre

La vie invisible se glisse

Entre la pensée et le printemps

L’hiver témoigne de l’énigme

 

 

 

Christiane Loubier

L'AUTOMNE NÉBULEUX, TOUS LES ANS, POUR GÉMIR...

Publié le par christiane loubier

 

Triste journée d'automne, façon « tisane froide » à la Ponge.


Ce matin, visite rituelle au petit cimetière de Sologne bourbonnaise.
Retour par les campagnes mélancoliques, « paix des pâtis » sous le ciel gris.
Déjeuner frugal, sieste et lecture. Au-dehors, pluie et brouillard.


La nuit tombe vite. On se pelotonne dans le vieux fauteuil au cuir lacéré,
naguère, par les chats ; on se caparaçonne de lainages et de tricots, de plaids,
de châles, de couvertures, douillette clochardisation domestique.


On feuillette un mince recueil de Sinisgalli, s'agaçant d'y trouver une
coquille — « crapaud » dans la limpide perfection d'un quatrain laconique :

 

Chaque année la distance change
entre les choses qui m'entoureny
même si je reste perclus
même si les choses sont inanimées.

 

 

 

 

Constantin Copronyme


C'EST DE NOUVEAU L'ÉTÉ

Publié le par christiane loubier

C'est de nouveau l'été de neige et c'est

Le chagrin froid des raisins nus

 

 

 

Salah Stétié

L'autre côté brûlé du très pur,
dans Salah 
Stétié. En un lieu de brûlure, Robert Laffont, 2009

CAFÉ RENARD

Publié le par christiane loubier

Le grand comptoir de marbre

Des verres plein le dos

Craque comme un vieil arbre

Quand on s'y appuie trop

Au plafond de vieux lustres

Ont des lueurs fanées

Lentement les minutes

Passent dans la fumée

 

Au bar-tabac

De la rue Renard

Tombe le soir

Et tu n'est pas là

Au bar-tabac

De la rue Renard

Tombe le soir

Et tu n'es pas là

 

Il est cinq heures trente

Il est encore trop tôt

Mais j'aime mieux le chaud

Lentement je pénètre

Dans le Café Renard

Et je me sens renaître

Donnez-moi donc à boire

 

Au bar-tabac

De la rue Renard

Il se fait tard

Et tu ne viens pas

Au bar-tabac

De la rue Renard

Il se fait tard

Et tu ne viens pas

 

Là-bas derrière la vitre

Un tout petit monsieur

S'amuse à faire le pitre

En roulant de gros yeux

Devant moi une femme

Belle comme un camé

Revit de sombres drames

Et n'ose pas pleurer

 

Au bar-tabac

De la rue Renard

Il est trop tard

Et tu ne viens pas

Au bar-tabac

De la rue Renard

Il est trop tard

Je rentre chez moi

 

Paroles : Françoise Mallet-Joris et Michel Grisolia

Chant et musique :  Marie-Paule Belle