DANS L'ÉGLISE...

Publié le par christiane loubier

Dans l'église du village à l'approche de la nuit
Les prières sortent de leurs cachettes
Un ange enfant change de mur
 
L'encens prête sa couverture d'ombre
À des Mages endormis
Les lys à leurs pieds paraissent obscurs
 
Et plus loin dans un ciel de bougies
Les icônes voyagent
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Georges Schehadé, Poésies VI, Le nageur d'un seul amour
     

 

 

     L'offrande des Mages : Art populaire
     Sculpteur : Léonard Croteau, Saint-Étienne-des-Grès (Québec)   

 

LES ANCÊTRES

Publié le par christiane loubier

D'aussi loin que je me souvienne
Ils étaient faits pour le bonheur
Pour une vie trop quotidienne
Et pour le pire et le meilleur

Je parle d'eux sans les nommer
Car vous portez un peu leurs noms
Je sais qu'ils étaient pauvres et bons
Qu'ils étaient tous parents ensemble
Et qu'ils savaient tenir le coup
Du mois de janvier au mois de décembre
Et qu'ils aimaient prendre un p'tit coup
Et qu'ils aimaient aussi la danse

Je les revois grandeur nature
Enlacés pour danser la gigue
Et les croix de leurs signatures
Me font signe de leur fatigue

Je parle d'eux pour me convaincre
Qu'ils n'ont eu ni tort ni raison
Que survivre c'était déjà vaincre
Et il fallait bâtir maison
Mais le jour des morts est passé
Fini le temps des survivants
Je ne veux pas d'un beau passé
Pour me consoler du présent

Les yeux faits pour la vigilance
Courbés entre l'arbre et le vent
Ils se taisaient mais leur silence
Nous a servi de paravent

Je parle d'eux par habitude
Ce que j'en dis c'est pour conter
L'histoire de leur servitude
Et pour enfin me révolter
Contre la peur et la quiétude
Et c'est pour enfin récolter
Ailleurs que dans la solitude
Ce pour quoi ils ont patienté

D'aussi loin que le temps nous vienne
Ils nous vient un peu des aïeux
Leurs noms se mêlent à nos poèmes
Fini le silence des vieux

Venez voir un peu les ancêtres
On a continué l'univers
Le jour se lève à nos fenêtres
Et les sapins sont toujours verts
Dans notre vive appartenance
À cette terre et à ce temps
Nous n'aurons pas votre patience
Et nous serons payés comptant
 
 
Georges Dor, 1967
 
 

 

 

ABIES VITAEGRADUS

Publié le par christiane loubier

Un tacot allait tacottant

Symbole de la vie humaine.

À la gare du jour de l'an,

Il dut faire son plein jusqu'à l'année prochaine

« Hélas ! » dit le mécanicien,

Conduire un train de vie devient trop difficile,

Les aiguilleurs sont malhabiles,

À mon âge, on n'est plus entrain... »

« Teuf ! teuf ! souffla le chef de gare,

Montez alors sur ce houx-bus ! »

C'est un jouet bien dérisoire

Avec ses petits cumulus ! »

« Hou ! hou ! vous en êtes indigne !

Pour un si culotté chauffeur,

Vous déchiffrez bien mal les signes !

Tous ces flocons porte-bonheur,

Lorsque la vie pique, s'échappent

De ses plus secrètes soupapes... »

 

 

 

 

 

 
Patrice de La Tour Du Pin et Jacques Ferrand
Pépinière de sapins de Noël,
par deux sylviculteurs de l'imaginaire.
 
Illustrateur : Jacques Ferrand
 

 

 

CONIFÈRE

Publié le par christiane loubier

Il découvre
Qu’il descend du conifère
Tant de blancheur
Pour recevoir l’hiver
Et sa pensée poudreuse

Combat d’aiguilles
Pour rester toujours vert

 
 
 
 
Christiane Loubier

LES OISEAUX QUI RESTENT

Publié le par christiane loubier

Il n’y a pas neige sans oiseaux
Les arbres ne perdent jamais leurs plumes
Ne tirez pas sur les oiseaux de décembre
Qui avancent jusqu’au front dans l’hiver
Le blanc du renouveau

 
 
 
Christiane Loubier

À UN POÈTE QUI VEILLE TROP TARD

Publié le par christiane loubier

Demain tes vers tu les trouveras mensongers.
Ton esprit sonne sec, fais-le taire
Et laisse le cri d’un hibou te replonger
Dans l’humide abîme élémentaire.
 
 
 
Lucienne Desnoues
 
Source : Service du livre luxembourgeois, Michel Ducobu, Lucienne Desnoues (Dossier)