1486

Publié le par christiane loubier

Selon mon père, il était nécessaire de prévoir ce qui allait arriver, ce qui avait peu de chance d’advenir, ce qui n’arriverait jamais, etc. Il ajoutait qu’il était tout aussi important de se garder de prévoir quoi que ce soit, puis de faire la synthèse de l’ensemble afin de se tenir prêt sans être préparé.

Par bonheur, ma mère aimait la pluie. « Allons plutôt marcher », me disait-elle. Sur son chapeau noir à larges bords rebondissaient violemment les gouttelettes, et se formait autour d’elle un intense brouillard. Malgré tout, ses yeux restaient grands ouverts, comme toujours, et à peine plus humides qu’en temps normal. Nous avancions en forêt à la recherche d’un vent plus fort, de cascades et d’animaux bondissant à travers tout.

J’ai conservé d’elle cette façon d’aborder avec plaisir les endroits impraticables. Quand le ciel s’assombrit, et alors que la plupart des hommes se calfeutrent chez eux, je prends mon chapeau et je vais à la recherche de ces lieux inaccessibles où je serai débordé par des éléments incontrôlables, où se développe l’harmonie entre la folie brute et la sauvagerie, où tout est violence et vitalité chaotique, avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment.

(1486)
 
Le Marquis de l'Orée
24 juin 2017
Photo : David-Lazar-Deep-Forest

 

 

 

 

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jean 04/07/2017 13:55

Bien beau texte du marquis, chère Dame !

christiane loubier 04/07/2017 20:03

J'aime les textes du Marquis de l'Orée. Surtout ses chutes finales comme celle-ci : « avec l’espoir d’être anéanti au meilleur moment ».