LE MANCHE

Publié le par christiane loubier

Le manche le plus commode que j’ai connu se
tenait à la porte de l’écurie. C’était un bois d’orme
dont l’écorce rugueuse n’avait pas été enlevée.
À force d’être massé, il avait velouté; chaud
en hiver. Il était devenu doux comme un linge. 
Il était brun. Il s’usait dans la douille. Mon père
le refonçait et le repointait.
 
 

 

Jean Rivière,

Le vent en bas-Poitou,
Écho optique, 1993
 
 

 

 

 

 

 

   

 

Publié dans Anthologie

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Ile E. 26/02/2014 18:32

Quel souffle paisible et puissamment présent dans cet écrit ! Vous me faites découvrir cet auteur ; quelle émotion cette fenêtre ouverte loin des apparats et autres falbalas. Ici, on respire bien, grand merci Christiane.

Christiane Loubier 26/02/2014 22:03

Merci Île, je suis contente que vous ayez aimé Jean Rivière. Une prose simple, une voix intérieure, une poésie forte.
Ici, le manche n'est pas un simple prolongement de l'outil, mais « un filet d'énergie qui vient du coeur » comme il l'écrit lui-même.
Je vous salue,

Christiane